jeudi 1 décembre 2016

Le Revenant






Que signifie la victoire de Fillon ? A mon sens essentiellement ceci : la bourgeoisie conservatrice, réveillée par Taubira, est restée mobilisée depuis 2013 ; elle a pris conscience d’elle-même comme d’une force électorale. Légitimement dégoûtée par Sarkozy, et franchement hostile à Juppé, elle a porté ses suffrages sur le candidat apparemment le moins éloigné de ses principes. Certains rétorqueront : mais il y avait Poisson ! Certes, mais la bourgeoisie n’aime pas les minoritaires, les oppositionnels, les dissidents ; elle rêve de consensus ; elle s’oppose à la modernité, mais pas de manière radicale. Elle le fait gentiment, par le style, par l’ambiance. Sans aller à la racine du mal. Elle voudrait empêcher que les homosexuels puissent adopter des enfants, pas revenir sur les acquis du Progrès. Exit donc Poisson. Et puis la bourgeoisie conservatrice n’a pas qu’un seul principe, elle en a deux : elle est conservatrice, certes, mais elle est aussi libérale. Lisez Mauriac. Le discours économique de Fillon lui plaisait donc beaucoup plus que celui de Poisson. Enfin, la bourgeoisie conservatrice est hostile à l’islamisation de la France, mais pas au point de voter Front National (elle ne souffre pas assez). Et comme Sarkozy, sur ce point comme sur tous les autres, n’avait plus aucune crédibilité et que Juppé est un chantre de l’islamisation, Fillon a facilement raflé la mise.


Bref, la bourgeoisie conservatrice, entre la sortie de la messe et la pâtisserie, est allée voter pour Fillon. Cela représente 2 millions de personnes. Rappelons qu’il y a en France 44 millions d’électeurs. Il ne faut donc pas s’emballer. Le suffrage censitaire n’a pas encore été rétabli.


Plusieurs remarques s’imposent.


D’abord sur François Fillon lui-même. Son allure, son élégance vestimentaire, sa syntaxe, ses sourcils, son sérieux masquent le flou de son profil idéologique. Lui qui s’est présenté pendant trente ans comme un gaulliste et comme un « social » explique à présent qu’il regrette de ne pas avoir voté pour le traité de Maastricht et qu’il faut à la France une cure de thatchérisme. Il semble donc avoir changé de convictions. Nous aurions donc affaire à un converti. Converti aux bienfaits –ou du moins à l’inéluctabilité- de l’Union européenne et de la mondialisation libérale. Etrange. D’autant plus étrange qu’il a gardé le style cocardier et la rhétorique souverainiste de ses anciennes convictions. Mais alors, par quoi ses électeurs ont-ils été séduits ? Par l’emballage ou par le contenu ?


Se pose ensuite la question de savoir ce que l’on pourrait espérer d’un François Fillon devenu président de la République. Prenons les principaux sujets. En matière d’Affaires étrangères, on peut raisonnablement s’attendre à des attitudes moins humiliantes, moins désordonnées, moins droits-de-l'hommistes et mois anti-russes que pendant les deux derniers quinquennats. Les circonstances sont très favorables à ce retour à la raison puisque, facétie de l'Histoire, c'est le nouveau maître américain lui-même qui va nous demander d'être un peu moins otanien ! Quelle aubaine!  


En matière économique, le programme de Fillon pourrait avoir été rédigé par la Commission européenne. C’est l’austère programme dicté par l’appartenance de la France à la zone euro. Un programme déflationniste de type Laval-1935 (l’euro est notre étalon-or !): travailler plus, gagner moins, partir à la retraite vers 70 ans, etc. Tout cela est sans doute nécessaire, mais pas très engageant. Notons au passage que ces divers thèmes économico-disciplinaires constituent vraiment le centre des préoccupations de François Fillon et de son entourage. Ce sont les thèmes auxquels il tient le plus. Ce sont également des thèmes qui plaisent à son cœur électoral. Pensez-y : pour vibrer à l’idée de travailler plus longtemps, de gagner moins, de voir baisser les remboursements de la Sécu, il faut être... riche et retraité. Et ce d’autant plus qu’il y a une cerise : la baisse de la pression fiscale qui, comme aurait dit La Palisse, ne soulage que ceux qui la subissent. Il y a donc fort à parier que François Fillon s’accroche à cette partie de son programme. Au moins dans un premier temps. 


Venons-en à l’immigration. Ici, il faut distinguer deux aspects : il y a d’un côté la question de l’islamisation et de la défense de l’identité française ; de l’autre la question de l’immigration proprement dite, c’est-à-dire des flux d’étrangers arrivant en France chaque année. Il est certes bien difficile, pour ne pas dire inconséquent, de séparer les deux, et ce d’autant plus que notre appareil assimilateur (Ecole, Eglise, Armée) est en ruines -mais c’est pourtant ce que devra faire François Fillon. Et pour une raison simple : il ne fera rien d’efficace contre l’immigration. Car pour stopper l’immigration, c’est-à-dire mettre un terme au processus d’invasion et de colonisation en cours, il faudrait rompre avec les institutions européennes (disons au moins dénoncer la CEDH) et redevenir un Etat souverain démocratique (ce qui suppose au minimum de ramener le Conseil Constitutionnel à son véritable rôle, par un referendum). Sans cela, en effet, il est impossible d’arrêter le regroupement familial, d’interdire les rapprochements de conjoints, de déchoir les anti-français, de refuser de scolariser les clandestins, etc. J’y reviendrai une autre fois. Or, je suis prêt à parier assez cher que François Fillon n’aura jamais l’audace de penser, et encore moins d’agir, en dehors du cadre existant, qui est structurellement immigrationniste. Il se contentera de briser quelques lances contre l’islamisme, de fermer des mosquées, de faire quelques gestes de célébration de l’identité traditionnelle de la France. Mais rien de plus. Cela peut suffire, au demeurant, à satisfaire le cœur de son électorat, qui ne vit pas au contact de l’immigration et n’en subit les désagréments que de manière très atténuée. Sous une présidence Fillon, la France devrait donc continuer de changer de peuple, à la même vitesse qu’actuellement (je rappelle que près de 40% des naissances en 2015 sont le fait d’allogènes). Ce nouveau peuple étant musulman, l’islamisation se poursuivra.


Fillon président ? Je résume : une politique étrangère à l’unisson de la nouvelle donne mondiale, donc moins interventionniste et plus équilibrée ; une politique économique sans doute assez déflationniste et favorable à ceux qui payent beaucoup d’impôts ; pour le reste, l’aggravation des processus en cours, mais avec une défense de façade de l’identité française. Cela ne vous rappelle rien ?


Chirac !














 


 



jeudi 24 novembre 2016

Point de situation


Me revoici. J’ai dessaoulé. Il faut dire, en ce moment, nous sommes à la fête. Langues de belle-mère et cotillons ! La tronche déconfite de l’Ennemi fait plaisir à voir. Cela étant, rien n’est fait. S’agissant de Trump, il faut attendre. A côté de l’hypothèse optimiste, les deux hypothèses pessimistes sont toujours en lice : sarkozysation ou neutralisation. Nous verrons. Quant à la France, qu’en dire ? Eh bien, chez nous aussi, la classe médiatique est couverte de pipi. Son jouet est cassé. Elle trépigne. Plus rien ne se passe comme elle veut. Les journaux sont tout juste bons à dépiauter du poisson. Evidemment, la puissance de percussion n’est pas la même qu’aux Etats-Unis. Notre show-man, ce n’est pas Trump et ses trumpettes, c’est Fillon et ses flon-flons. Mais ne boudons pas notre plaisir : la déconvenue des deux hyper-nocifs Sarkozy et Juppé est absolument jouissive, ne serait-ce que par simple esprit de justice. Le premier devrait être derrière les barreaux depuis longtemps, pour ne pas dire plus ; quant au second, il est tellement plus intelligent que nous qu’on devrait l’empailler et le mettre au Muséum. J’espère qu’il mordra la poussière dimanche. Mais allez savoir.

Venons-en au fond. D’abord une remarque sur les thématiques des candidats aux primaires. Je me suis rendu compte l’autre jour que les candidats mettaient au cœur de leur message l’élément qui leur manque le plus. Ils se prévalent de ce qui leur fait défaut par excellence. Sarkozy, l’inculte mondialisé, invoque en permanence « l’identité française ». Fillon, connu pour sa timidité dans l’action et ses sciatiques à la moindre contrariété, parle tout le temps du « courage et de l’audace ». Lemaire et NKM, qui débitent de vieilles rengaines giscardiennes des années 70, revendiquent leur « nouveauté ». Juppé, l’homme qui a avalé son parapluie, nous entretient de la « joie et du bonheur ». De toute évidence, il n’a pas d’échantillon sur lui. Et Copé, Monsieur 0,13% ? De la « levée en masse » des Français ! Vous avouerez qu’ils sont impayables.

Il convient ensuite de relever la place centrale qu’est en train de prendre l’avortement dans ce qu’il est convenu d’appeler le débat politique. Assurément, aucun des candidats ne se prononce contre le droit à l’avortement, mais le simple soupçon de réserve à l’égard de ce droit, de manque d’enthousiasme à l’égard de cette liberté, ne serait-ce qu’à titre privé, suffit à vous mettre en difficulté aux yeux de l’Oligarchie. Le manque de passion pour le massacre des innocents est  devenu l’incrimination suprême. L’arme absolue. Je n’en finis pas de considérer cette situation extraordinaire. D’un point de vue métaphysique et moral, c’est proprement apocalyptique. Le Mal se dévoile sans réserve. Le mensonge et l’homicide, qui se tiennent la main dans cette affaire, exigent l’approbation universelle. Quand Robert Badinter et Simone Veil passeront l’arme à gauche, il y a fort à parier qu’ils entreront au Panthéon le même jour, l’un pour avoir sauvé les coupables, l’autre pour avoir permis la mort des innocents. Réalisation des prophéties ! Mais, ces temps-ci, je crois que l’Adversaire commence à sentir la possibilité d’un rejet violent, d’une résistance farouche. Il se raidit. Il sent venir le combat final.

mardi 25 octobre 2016

ça monte, ça monte



Voici donc, ci-dessus, la petite mise à jour annuelle de la carte de la disparition des Français. Cela se passe évidemment de commentaires. En prime, je vous glisse la carte de la dispersion des clandestins de Calais, ci-dessous. C'est donc au nom de "l'Etat de droit" que nos gouvernants, que je propose de renommer plus simplement nos gêoliers, installent un peu partout dans la campagne française des gens qui sont entrés illégalement sur notre territoire et n'ont, de par la loi, aucun titre à y rester.



L'Etat applique donc les dernières forces qui lui restent à bafouer la loi et à offenser les citoyens. Les préfets, pour l'occasion, mettent leurs gants blancs. Le spectacle d'un tel avilissement, d'une telle auto-destruction nationale, est à mon sens unique dans toute l'histoire. Il n'est pas exagéré de dire que l'Etat est désormais, de manière ouverte, officielle, en uniforme, l'ennemi du peuple français. Il s'agit d'un phénomène proprement inimaginable. Quand les Allemands ont envahi la France, il s'est trouvé des collaborateurs. Mais personne, tout de même, n'avait pris les devants et organisé leur venue. Nous avons affaire à une collaboration "au carré". Comme l'a dit le Premier Ministre : "Ceux qui s'opposeront à l'arrivée des migrants dans leur village trouveront l'Etat en face d'eux." Cela a le mérite d'être clair : c'est le langage qu'on utilisait autrefois contre les criminels intérieurs et les armées ennemies. Tout redevient cohérent si l'on se met une bonne fois pour toutes dans la tête que nous sommes, nous autres Français, les ennemis de nos chefs. Il faudra ensuite en tirer les conséquences. Ou pas.




mercredi 19 octobre 2016

Lectures


Pour comprendre ce qui nous arrive, certains auteurs sont d’une grande aide. J'aime bien, de temps en temps, en dresser la liste, ne serait-ce que pour me rappeler de les lire -et ne pas me disperser chez les autres.  
  • Aristote, pour tout.
  • Saint Thomas d’Aquin, pour mieux comprendre le précédent et savoir comment articuler la nature et la grâce.
  • Thomas Reid, pour réfuter toutes les absurdités philosophiques qui se sont multipliées à partir de Descartes jusqu’à Hume inclus.
  • Karl Marx, pour comprendre la grande machine capitaliste.
  • Saint Pie X, pour saisir le danger du subjectivisme.
  • Charles Maurras pour comprendre pourquoi la monarchie est le meilleur régime.
  • Günther Anders, pour comprendre la technique.
  • Karl Polanyi, pour comprendre le dés-encastrement de l’économie et son règne de Moloch.
  • Martin Heidegger, pour appréhender le nihilisme comme volonté de la volonté.
  • Simone Weil pour saisir la nécessité de l’enracinement.
  • Hannah Arendt pour décrire la modernité culturelle.
  • Ivan Illitch pour regarder en face la société technicienne.
  • PAUL HAZARD, pour comprendre ce qui s'est passé au XVIIème siècle.
  • Charles de Koninck pour mettre l’individu bien à sa place.
  • Yves Simon pour acquérir une vision réaliste de la politique.
  • Serge Latouche pour comprendre l’occidentalisation du monde.
  • Michel Clouscard pour découvrir la racine de l’idéologie libérale-libertaire.
  • Emmanuel Todd pour trouver l’esprit des peuples dans les structures familiales –et découvrir le caractère archaïque originaire de la famille nucléaire.
  • Jean-Claude Michéa pour mettre en lumière les racines du libéralisme.

Synthèse



Il arrive parfois que la vérité se trouve comme ramassée, condensée et exprimée de manière frappante par une toute petite chose, un détail, à la faveur d’une circonstance anodine. En voici un bel exemple. Si vous voulez comprendre d’un coup la nature du régime dans lequel nous vivons, rendez-vous dans une gare SNCF et approchez-vous de l’une de ces bornes (photo ci-dessous).



Il s’agit d’un dispositif censé permettre aux usagers de donner leur avis sur les services de la SNCF. Et c’est là que les choses deviennent intéressantes. Regardez bien. Si vous êtes satisfait (c’est-à-dire, en novlangue dégoulinante, si vous éprouvez de l’amour pour la SNCF), vous pouvez appuyer sur un gros bouton orné d’un cœur ; en appuyant vous augmenterez d’une unité le total des gens contents, qui apparaît sur un écran au-dessus du clavier ; et si vous êtes mécontent ? Eh bien si vous êtes mécontent, il n’y a pas de bouton, pas d’écran, pas de total : on vous propose d’aller sur internet pour expliquer par écrit ce que vous proposez pour améliorer le service. Le plus amusant est que si vous vous rendez sur le site internet indiqué (par le truchement d’une démarche complexe supposant le « flashage » d’un « QR code » -ne me demandez pas ce que c’est), vous tomberez sur une page d’accueil vous proposant de nouveau, par le biais d’un gros bouton rose, de dire que vous aimez la SNCF. Je pense en avoir dit assez. N’est-ce pas là un parfait résumé du régime politique dans lequel nous vivons ? Le suffrage et la liberté d’expression ne cessent d’être portés en étendard par le pouvoir, tout comme la SNCF ne cesse de vanter l’attention qu’elle porte à l’avis de ses usagers, mais à une condition expresse : que le suffrage et l’expression manifestent une approbation massive du système en place. Il va de soi que la démocratie, dans le cas contraire, s’appelle populisme. Et que toute expression négative massive (que permettrait l’installation d’un bouton « J’aime pas ») « mettrait en danger la démocratie » et nous rappellerait « les heures les plus sombres de notre histoire ». L’analogie entre le dispositif de la SNCF et notre régime va même un peu plus loin, car dans la gare, tout autour de la borne démocratique, sont disposées d’immenses affiches représentant trois mains (pluriethniques, of course) venant appuyer sur le gros bouton rose, le tout surmonté du slogan :  "Et si on appuyait là où ça fait du bien?"

Autrement dit, la SNCF, qui est censée organiser une sorte de consultation démocratique, et qui s'en vante, vous matraque la tête consciencieusement, avec votre argent, pour vous dicter la bonne réponse. Etant entendu, de toute façon, que toute réponse négative disparaîtra dans le néant. Exactement ce qui se passe avant tout référendum dans un Etat de l’Union européenne !


C'est ce que l'on appelait autrefois, en bon français, prendre les gens pour des cons.







mardi 11 octobre 2016

Billet d'humeur






Le Ralliement, manu militari








Je sais que ça ne sert pas à grand-chose, mais j’aime bien passer un peu de temps à comprendre par quel enchaînement, par quels malheureux concours de circonstances nous sommes arrivés au fond du cloaque où nous barbotons. Car, même en pleine décadence, la science historique apporte une satisfaction d’un genre très particulier, celle dont parlait sans doute Platon quand il disait que connaître le mal ne le supprime pas, mais procure une sorte d’apaisement au philosophe. Au demeurant, comme c’est une des dernières qui nous restent, avec le vin frais et le bon pain, autant ne pas la bouder. Mais trêve de bavardage. Voici où je voulais en venir : les catholiques feraient bien d’apprendre leur propre histoire plutôt que d’ânonner la propagande de l’Adversaire. Il y a deux thèmes qui me mettent littéralement les nerfs en pelote quand on en vient à parler de l’Eglise et de la Modernité : la sacro-sainte laïcité et le ralliement à la République. Sur le premier point, je suis fatigué d’entendre, dans la bouche de catholiques, quand ce n’est pas dans celle de prélats, que la séparation de l’Eglise et de l’Etat est une idée chrétienne, une idée évangélique, exprimée dans le célèbre verset : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » Dans leur zèle, certains vont jusqu’à expliquer que c’est l’honneur et la fierté d’un catholique de ne pas faire le moins du monde état de son catholicisme sur la place publique et, s’il est homme politique, de mettre un gros mouchoir dessus. C’est le cas de l’inénarrable Bayrou. Il paraît que le malheureux, dans sa jeunesse, a sauté la tête la première dans une piscine vide. Est-ce au fond de la même piscine qu’il est allé pêcher les âneries qu’il débite ? Bien sûr que non. C’est plus sûrement dans la bouche de nos adversaires. Adversaires qui, dans leur perversité, ont réussi à faire croire aux benêts de catholiques que c’est l’Evangile lui-même qui exigeait qu’on prît les mesures antichrétiennes de la IIIème République. On assiste alors à ce touchant spectacle : des catholiques, éperdus de gratitude, expliquant doctement que c’est le christianisme véritable qui a inspiré l’expulsion des congrégations, la loi de 1905 et les inventaires à la force des baïonnettes. C’est bien simple : depuis 50 ans, les catholiques passent leur temps à répéter la propagande intoxicatrice du camp d’en face. La phrase du Christ sur César n’a jamais signifié, selon la doctrine catholique, la séparation de l’Eglise et de l’Etat, mais seulement la distinction du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel. La différence entre les deux est de taille : la séparation de l’Eglise et de l’Etat, c’est la totale indépendance de l’Etat à l’égard de la loi divine en matière morale. C’est l’objectif de la franc-maçonnerie depuis sa création. La distinction du spirituel et du temporel, c’est la division du travail entre l’Eglise et l’Etat : la première s’occupe de tout ce qui concerne, directement ou indirectement, le salut des âmes ; le second s’occupe du reste. Autrement dit, et pour prendre quelques exemples, l’Eglise n’a aucune droit de regard sur les questions sécuritaires, fiscales, cadastrales, routières, vestimentaire ou alimentaires. Le christianisme n’est pas l’islam ; il reconnaît une sphère de pleine autonomie pour les autorités terrestres. En revanche, dès qu’un sujet touche, directement ou indirectement, au salut des âmes, l’Eglise a le droit de parler et l’Etat a le devoir de l’écouter. Concrètement, cela veut dire que si une mesure législative quelconque contrevient à la loi divine (disons pour faire court, aux Dix commandements) en elle-même ou par ses conséquences, l’Eglise a le droit d’exiger son retrait et l’Etat, qui ne devrait pas être séparé de l’Eglise, le devoir de s’exécuter. Le pire est que tout cela relève du bon sens ! Quelle religion pourrait se vanter de vouloir un monde vivant comme si elle n’existait pas ? Quelle parole de vérité pourrait souhaiter l’instauration d’un monde entièrement relativiste ? Quelle source de commandements pourrait vouloir que les corps sociaux soient soustraits à l’influence de ses préceptes ? Si la forme de vie collective des hommes est l’Etat-nation, l’Eglise ne peut s’en détourner et laisser Léviathan faire ce qu’il veut. C’est pourtant ce que la plupart des catholiques croient désormais. A la décharge des catholiques nés dans les années 50 et qui continuent de se dandiner sur ce pont-aux-ânes, il faut reconnaître que dans une société massivement chrétienne par ses mœurs, l’Etat lui-même ne pouvait guère, dans un premier temps, s’éloigner des préceptes moraux fondamentaux de l’Eglise. Pour la bonne et simple raison que les élites demeuraient teintées de christianisme. Dès lors, la question devait paraître bien bénigne à beaucoup de gens. On pouvait même voir dans la séparation de l’Eglise et de l’Etat un recul de l’hypocrisie et du cléricalisme. Mais c’était sans compter avec l’existence bien réelle d’un projet de déchristianisation radicale, qui continuait de courir et de saper la société. A présent que nos élites sont acquises à des mœurs totalement anti-chrétiennes et qu’elles ont, de surcroît, organisé la colonisation de notre territoire par des populations musulmanes religieusement conquérantes, on commence à comprendre, chez les catholiques qui restent, l'intérêt qu’avait l’alliance indéfectible du Trône et de l’Autel. Mais il est trop tard. On tente bien, ici et là, d’expliquer aux envahisseurs qu’il faut se convertir à la séparation de la religion de l’Etat...Mais aux oreilles de Mahométans, qui ne conçoivent même pas la distinction du temporel et du spirituel, une telle idée n’a tout simplement aucun sens. Quand ils seront majoritaires, ils le feront savoir à tous les benêts qui auraient la naïveté de s’en étonner.


J’en viens à mon deuxième point, qui est très lié au premier : le Ralliement de l’Eglise à la République sous Léon XIII. Là non plus, il n’est pas rare de voir les catholiques opiner gravement du chef quand on évoque cet événement historique, puis se lancer, généralement face à un parterre de francs-maçons en extase, dans de jaculatoires actions de grâce. Il s’agirait là d’un acte de clairvoyance, d’un geste d’une lucidité prophétique, d’une conversion à la  bienfaisante Modernité, qui nous apporte l’eau et le gaz à tous les étages. Il me semble plutôt qu’on tient là une des plus regrettables erreurs de tactique politique de toute l’histoire de la tactique politique. Je rappelle l’essentiel. En 1892, le peuple français est encore rural à 80% et massivement pratiquant. Bref, la France est catholique. Pour son malheur, elle est gouvernée par une secte anti-catholique qui a proclamé la IIIème République. Cette dernière poursuit les desseins de ses deux devancières, qui tiennent en deux points : supprimer la Monarchie et éradiquer le catholicisme (« écraser l’Infâme » comme disait Voltaire). Le résultat de l’opération, qui revient à amputer la France de son cœur et de son cerveau, c’est la « République Française », sorte d’entité métaphysique armée d’un triangle et d’un compas, qui a pour vocation de devenir la Lumière du Monde. La première partie du programme ayant été bien avancée par l’assassinat du Roi et de sa famille en 1793, il restait à accomplir la seconde. C’est à quoi s’attachèrent les sectaires de 1875. Plus rusés que les conventionnels de la Révolution, qui avaient assez maladroitement entrepris de convaincre les masses en égorgeant les prêtres et en décapitant les bonnes sœurs, ils décidèrent de soustraire la jeunesse de France à l’influence de l’Eglise, en s’attaquant à l’enseignement catholique. Face à de telles menées républicaines, les catholiques ne voyaient de salut que dans la restauration de la Monarchie, avec de bonnes chances d’y parvenir. Nous en étions là quand le Pape Léon XIII demanda à ses ouailles, du haut de sa chaire, de bien vouloir accepter le régime républicain et, comme on dit, mener le combat de l’intérieur. Funeste erreur ! Le pape faisait comme si la République n’était qu’une forme politique, un ensemble de dispositions juridiques formelles, et pas une doctrine, un contenu, une substance. Il faisait comme si la République en France était l’une des trois formes de gouvernement légitime décrites par Aristote. Il oubliait le caractère idéologique sui generis de la République française, qui s’est conçue, dès le début, comme une machine de guerre anticatholique. Le Pape pensait aussi, sans doute, obtenir un adoucissement des tracasseries et des persécutions en faisant un geste d’apaisement. S’il avait été attentif au fait que la République était tout entière arc-boutée à la destruction du christianisme, il aurait sans doute pensé que la plus urgente des choses à faire était de se débarrasser de ce poison en faisant tout ce qu’il était possible pour rétablir définitivement la Monarchie catholique en France. Au lieu de cela, il jeta les catholiques dans la gueule du loup. Le mouvement de résistance à la République et à ses projets antireligieux fut donc coupé en deux, son élan brisé net, ses forces éparpillées et divisées. Les catholiques entrèrent en conflit interne permanent, le Sillon contre l’Action française, pour faire court. Et, comme on pouvait s’y attendre, la République récompensa ce geste de soumission par une bonne bastonnade : ce furent les lois de 1901 et 1905 qui tombèrent sur la tête des catholiques pour prix de leur bénévolence.