mercredi 26 mars 2014

Démocratie et mentalité primitive



Quelqu’un pourrait-il citer un seul problème que nos gouvernants aient résolu depuis trente ans ? Un seul grand objectif de politique publique qu’ils aient atteint ?
La réduction du chômage ? L’équilibre des comptes ? La hausse du niveau d’instruction ? L’équilibre de la balance commerciale ? L’amélioration de la sécurité ? Le rayonnement de la France ?
Hélas. Hélas. Hélas.
Nos gouvernants sont totalement incapables de réussir quoi que ce soit. Ils échouent en tout. Leur remuement perpétuel n’aboutit jamais à rien de significatif. Sauf un point, bientôt visible de la Lune : l’augmentation vertigineuse de la dette publique. Une chose est donc acquise : ils souffrent d’incompétence professionnelle radicale. Dans n’importe quelle profession réglementée, ils seraient interdits d’exercice. Et dans n’importe quelle profession simplement soumise à la loi du marché, ils seraient chômeurs.
De ce point de vue, l’étonnant n’est pas que le taux d’abstention soit si haut. L’étonnant, c’est qu’il se trouve encore des gens pour aller voter… Voilà le grand mystère : l’attachement des hommes à des chefs incapables. Preuve que l’essentiel, dans la fonction de chef, c’est d’être chef. Un peu comme si l’essentiel pour un plombier était d’être plombier, pas de savoir réparer les fuites. Voilà qui rapproche l’homme politique du sorcier. On sait bien qu’il n’a jamais fait pleuvoir, mais sans lui, le soir, autour du feu, on s’ennuierait un peu.

lundi 24 mars 2014

C'est promis j'arrête

Eh oui, je rabâche; ça devient lassant. Mais ce que je disais tout-à-l'heure marche aussi avec les sculptures. Même progression-régression. De l'intelligent vers l'élémentaire, en passant par la plus agressive laideur.

Sag Warum ?

On commence par Polyclète, longtemps avant notre ère


On poursuit avec Dubuffet

  

 On termine avec Martha Pan, de nos jours



samedi 22 mars 2014

Enigme

Encore un quizz pour les Martiens.

Dans quel ordre (chronologique) classer ces trois oeuvres ?

Celle-ci : 


 Celle-ci :



Et celle-là :




Admettons qu'il existe en art une sorte de "progrès" (progrès de la maîtrise technique, de la finesse d'exécution, de la sensibilité au beau, de l'équilibre de la composition); il faudrait évidemment classer ces trois oeuvres en commençant par la troisième et en finissant par la première. Malheureusement, l'ordre historique réel, qui retrace assez bien le mouvement général de l'histoire de l'Art en Occident depuis un siècle, marche exactement dans l'autre sens.

Mais justement, dira-t-on, il n'y a pas de progrès dans l'Art.
Thèse connue. Dirons-nous alors qu'il y a "Décadence" ? Non plus. Vous n'y pensez pas ! Arrière la bête immonde. Pourquoi pas "Entartete Kunst", tant que vous y êtes ! Non, la vérité, c'est qu'il y a équivalence générale entre toutes ces choses, équivalence fondée sur l'"incommunicabilité entre les paradigmes artistiques". "Incommensurabilité des référentiels". Voilà qui pourrait convaincre des étudiants en arts plastiques, des présentateurs de télé, des ministres, des attachés culturels, des normaliens.

Des Martiens, ça m'étonnerait.

De cette évolution de l'Art en Occident, on peut fournir toutes sortes d'explications, qui ne sont pas forcément exclusives les unes des autres. On évoquera le tournant kantien en esthétique, qui a entraîné la valorisation de l'effet subjectif contre le contenu spirituel, la subversion des canons classiques (dits "bourgeois") par le projet révolutionnaire bolchevique, la plaisanterie dadaïste transformée en doctrine académique de remplacement, la volonté d'affranchissement à l'égard de toute contrainte, portée par le projet anti-naturaliste postmoderne, le bannissement du Beau comme finalité de l'Art au profit de l'Innovation, etc.

Pour ma part, j'admets toutes ces explications, mais j'ajoute un élément : ce qui fournit un moteur à toutes ces nouvelles configurations idéologico-esthétiques, c'est la passion de l'Egalité. Là-dessus comme sur à peu près tout le reste, c'est Tocqueville qui a tout compris. Il est évident qu'à l'époque où régnait le paradigme dont ressort le premier tableau (celui de Simon Vouet), peu de gens pouvaient se dire artiste. Et si on voulait le devenir, il fallait quelques dons naturels et beaucoup de travail. A l'époque, la nôtre, où règnent les paradigmes de l'expressionnisme brut ou de la figuration stochastique, le bénéfice démocratique est immense : arrière les dons naturels! Arrière l'injustice de la génétique ! Arrière le travail et la sueur ! Il est par construction impossible de rater une oeuvre d'art contemporain. Même la queue d'un âne fait un sans-faute. Anything goes.

Tout le monde il est un génie !









Le clown vend la mèche

"On est là pour vous distraire. Sinon, à quoi on sert?"

Arnaud Montebourg, le 20 mars 2014 







mercredi 19 mars 2014

Les écrivains en vacances - saison 2

Romain Rolland (en clergyman) lors de son séjour chez des amis moustachus, en 1935.


Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, en villégiature chez un ami barbu, en 1960.


mardi 18 mars 2014

Vu de Sirius

Diriez-vous que l'un de ces deux bâtiments témoigne d'un stade plus avancé de développement technologique, esthétique, spirituel que l'autre ? Et si oui lequel ? 

Pour moi, c'est l'énigme centrale de ce qui arrive à l'Occident depuis un petit siècle.


La petite minute nazbol


Aujourd'hui, quelques graphiques (des courbes en "U" superposables). Comme je n'y connais rien, je marche sur des oeufs. Mais je suis frappé par la corrélation qu'on peut remarquer entre : la mobilité du capital, les crises financières et l'excroissance ploutocratique. En outre, on voit bien que la finance hypertrophiée attire à elle les intelligences les plus déliées. On peut tout de même se demander s'il n'y a pas un meilleur usage à faire de la matière grise.


Evidemment, la question à 100 francs est de savoir où est la cause de ce beau mouvement d'ensemble? Est-elle à chercher parmi l'une des courbes ? Ou bien est-elle ailleurs ? Une bonne candidate au statut de cause génératrice pourrait être la décision d'autoriser la libre circulation du capital autour de la planète. La transformation de la Terre en espace de valorisation homogène du capital, voilà peut-être l'erreur fatale? Cela dit, les maux les plus graves provoqués par cette libération du Capital n'apparaissent pas sur ces graphiques.


Sinon peut-être, effectivement, sur la courbe ci-dessous, qui indique à quoi servent les plus brillants cerveaux sur notre planète : à fabriquer des produits structurés.








dimanche 16 mars 2014




Jean-Paul, une remarque ?



Rubrique People : les écrivains en vacances



Jean-Paul Sartre à la Plage
Cannes 1947
Pull coton fait main
Gitane sans filtre



Ernst Jünger à Paris
1942, rue de Rivoli
A la tête de sa compagnie
Uniforme/Hugo Boss 



Le making-of :

Jean-Paul Sartre arrive sur la croisette avec ses amis pour la séance de shooting



Ernst Jünger discute bons plans vacances avec un pote juriste




vendredi 14 mars 2014

Argument from evil



L'existence du mal constitue, à n'en pas douter, la plus spontanée, la plus répandue et -dit-on- la plus puissante des objections contre l'existence de Dieu. Plutôt que de discuter ici de la force de cette objection, nous voudrions développer quelques considérations chronologiques à son propos. 

Pendant des siècles, bizarrement, cet argument fut très peu développé. 

On pourrait s'étonner de cette absence. Les hommes, en effet, souffraient alors beaucoup plus qu'aujourd'hui. La mortalité infantile était très élevée, les morts violentes beaucoup plus fréquentes et le moindre panaris se transformait en gangrène. Sans parler des mauvaises récoltes, de la disette et des grands épidémies. Autant dire que les hommes morflaient sévère, du berceau jusqu'au cercueil. Il aurait été facile d'attirer leur attention sur la contradiction entre cette vallée de larmes et la bonté supposée de Dieu.

Pourtant, les athées n'en faisaient rien. Ils cherchaient plutôt à montrer -de manière beaucoup plus directe- que Dieu est une hypothèse inutile, ou qu'il est impersonnel, ou bien encore que l'âme est mortelle aussi bien que le corps, ce qui rend les préoccupations religieuses à peu près sans intérêt (c'était la thèse d'Averroès et Spinoza). 

L'objection tirée de l'existence du mal n'entama sa véritable carrière qu'à la fin du 18ème siècle, c'est à dire au moment même où les conditions de vie commençaient à s'améliorer et où l'idéal du confort bourgeois et du progrès terrestre s'installait dans les mentalités. A présent que la vie est la plus confortable et la moins douloureuse que l'humanité ait jamais connue, l'objection du mal est considérée comme quasiment imparable. 

Mais c'est justement là l'explication : c'est cette extrême réduction de la souffrance moyenne qui nous rend si sensibles à la souffrance résiduelle et la transforme en scandale. Cela fonctionne comme pour les inégalités. Nos exigences de confort sont désormais telles qu'il ne nous est plus possible de croire en Dieu.

A suivre....

mercredi 12 mars 2014

Histoire de l'Art

      
       Admettons que vous débarquiez sur une planète inconnue et que vous souhaitiez recenser les choses qui s’y trouvent. Une tripartition classique pourrait alors être utilisée, fondée sur la forme des objets. Vous distinguerez :
1. Les choses ou phénomènes simples qui manifestent un ordre régulier : cristaux, formations basaltiques, ripple marks, etc. (il est facile de compresser leur description : le programme pour les reproduire est beaucoup plus court que la description pas à pas que l’on peut en faire; pour approcher cette idée on peut penser par exemple à la série : 1010101010101010101010101010101010101010, qui est facilement compressible).

2. Les choses complexes et non spécifiques : agrégats, agglomérats, chaos rocheux, etc. produites par l’entrecroisement chaotique d’une multitude de phénomènes réguliers (leur description est incompressible : le programme pour les reproduire exactement est aussi long que la description pas à pas; on pensera ici, pour se faire une idée, à la série aléatoire : 10000101010001111101010110100010110110010, qui est incompressible).

3. Les choses complexes et spécifiques qui semblent manifester un ordre intelligent par l’agencement d’une très grande multitude de parties en vue d’une fonction unique : outillage, machines, etc. (le programme peut être plus court que la description, mais seulement si on suppose une intelligence conceptrice; par exemple, la série des nombres premiers écrite en base 2 (comme dans le film Contact avec Jodie Foster) est incompressible à première vue, mais est en fait très compressible une fois que l'on a la clé -elle combine la complexité de l'aléatoire et la conformité à un patron fonctionnel du nécessaire).

On pourra distinguer ainsi : l’ordre, le chaos et l’intelligence.
A noter : si l'on s’intéresse à un objet donné, manifestant un certain degré d’ordre, on pourra observer qu’il tend à le perdre à mesure que le temps passe. Il devient progressivement chaotique. Même l’ordre intelligent, qui remonte localement le courant de l’entropie, doit lutter sans cesse contre la croissance du chaos. Sauf à ce que l’intelligence l’emporte sur la seconde loi de la thermodynamique, il semble donc que, de manière générale, tout s’achemine vers le chaos.

Imaginons maintenant que des Martiens envoient des robots-photographes sur notre planète et que ces derniers leur rapportent trois clichés.


D'abord celui-ci :


Ensuite celui-là :

Enfin celui-ci : 


Quelles hypothèses pourraient faire les Martiens ? Certainement que le premier objet photographié est le résultat d'un processus naturel de déformation d'une surface cristallisée. Que le deuxième est le fruit de divers mouvements aléatoires. Que le troisième, enfin, est sans doute l'oeuvre d'une intelligence. 

Imaginons maintenant qu'on révèle aux Martiens que les trois objets photographiés sont des oeuvres de l'art humain et qu'on leur demande de formuler quelques hypothèses. Ils diront sans doute que le deuxième objet a été produit par un bébé, le premier par un adolescent à qui l'on aurait appris l'usage de la règle et du pochoir découpé, le troisième par un adulte particulièrement inventif. Et s'il fallait classer ces oeuvres non point dans la vie d'un seul homme, mais le long de l'évolution de l'humanité tout entière, nul doute qu'ils attribueraient le deuxième dessin à l'enfance de l'humanité, le premier à son adolescence et le troisième à son âge adulte. 

Voici notre énigme : quand on aura révélé aux Martiens que le véritable ordre chronologique des oeuvres en question est exactement le contraire de celui qu'ils avaient envisagé, comment pourront-ils interpréter ce fait ? Comment comprendre que les humains, depuis environ cinquante ans, s'attachent à confondre leurs productions artistiques avec la régularité des lois du monde minéral, ou avec le chaos aléatoire des processus stochastiques ? Pourquoi cherchent-ils, de manière quasiment exclusive, à simuler le non-humain, à imiter l'inintelligent ? 

Veulent-ils disparaître ? Passer incognito ?

Cette expérience s'applique particulièrement bien à l'architecture.
Comparons par exemple l'opéra de Paris...


...au nouvel opéra de Pékin.






O sancta simplicitas !


L’appauvrissement général du vocabulaire est un fait. L’impossibilité de nommer les choses et de penser le monde en sont les conséquences. Parmi les victimes récentes, je relève la distinction entre ce qui est difficile et ce qui est compliqué. Vous aurez remarqué comme le mot « compliqué » a dévoré son voisin -et toute une palanquée d’autres ("impossible", "irréaliste", "interdit", "pas souhaitable", "indésirable", "contraire à la loi", etc.), puisqu’il sert désormais à signifier à peu près tout ce qui pose un problème. « Tu peux venir m’aider ? » « ça va être compliqué » (normalement, le mot s’accompagne d’une grimace supposée exprimer le caractère purement extérieur de l’empêchement, alors qu’il s’agit de pure et simple mauvaise volonté). « ça va, ton boulot ? » « En ce moment c’est compliqué » « Tu peux me payer en liquide ? » « ça va être compliqué ». Ad nauseam.
Rappelons donc, pour commencer, que les mots « compliqué » et « difficile » n’ont pas la même signification. Une chose est compliquée lorsqu’elle comporte un grand nombre de parties, lorsque sa structure est complexe (même racine) ; de même une action est compliquée lorsqu’elle suppose un grand nombre d’étapes intermédiaires ou une multitude d’intervenants simultanés. Une action est difficile lorsqu’elle exige beaucoup d’efforts et que la probabilité de la mener à bien est assez faible (en moyenne). A contrario, si une chose comporte peu de parties, on dira qu’elle est simple. Et si une action nécessite peu d’efforts, on dira qu’elle est facile. Il va donc de soi qu’une action peut être simple et difficile, ou facile et compliquée.
Pour bien le faire comprendre, je propose une classification de quelques jeux bien connus des petits et des grands :

Simple
Compliqué
Facile
Bataille
Mikado
Difficile
Bilboquet
Echecs

lundi 10 mars 2014

Pourquoi ?





La question, toujours la même, revient, lancinante : comment se fait-il que nous soyons gouvernés par des incapables ? Quel est donc ce régime ? Une oligarchie, je veux bien, mais pourquoi une oligarchie d'incompétents et de fanfarons ? Pourquoi forcément des olibrius ?

J'ai une réponse. S'il n'y a plus d'hommes d'Etat dignes de ce nom, c'est parce qu'il n'y a plus d'Etat.
Dans n'importe quel manuel de sciences politiques, on lit qu'une communauté humaine est un Etat lorsque les cinq conditions suivantes sont réunies : 

1. Elle est la source unique et ultime de la loi sur son propre territoire
2. Elle maîtrise ses frontières
3. Elle rend la justice en dernier ressort
4. Elle a le pouvoir de battre monnaie
5. Elle décide souverainement de la paix et de la guerre

Or, la situation est assez claire : la France ne possède plus aucune de ces prérogatives. Les lois sont faites ailleurs, par des pouvoirs non élus; les frontières sont ouvertes et l'immigration de masse est obligatoire; la justice est suspendue aux cassations supranationales; les politiques budgétaires et monétaires sont menées par une banque lointaine.; enfin les guerres -ou guéguerres- sont décidées par nos puissances tutélaires. La France n'est donc plus un Etat souverain. Disons plutôt une province de l'Empire.

Dans ces conditions, il est aisé de comprendre que la politique n'attire plus les "capacités", comme disait Guizot. Puisqu'elle n'est plus, désormais, qu'une gigantesque illusion comique, elle attire tout ce que le pays compte de bonimenteurs incultes, d'histrions sans honneur et de voyous sans courage physique. Il serait faux toutefois d'affirmer que nous ne sommes plus gouvernés par les meilleurs. Le fûmes-nous jamais? Nous sommes, objectivement, gouvernés par les pires. Bien sûr, il y un mensonge dans la phrase que je viens d'écrire. Ces gens ne nous gouvernent pas. Ils nous animent. Comme on anime un banquet, une convention d'entreprise, un goûter de personnes âgées. 

Que faire? Il n'y a qu'une solution. Ramasser le tronçon brisé et rétablir les conditions d'existence même de la politique. Le programme est suffisamment décrit par la courte liste ci-dessus. Cela suppose de congédier cette troupe de pitoyables farceurs et de refaire un Etat.

"Par tous les moyens, même légaux."