mercredi 30 avril 2014

Révolution, dis-moi ton nom !



Pour comprendre notre époque, je veux dire pour la comprendre à fond, pour la saisir à la racine, pour se faire une idée de ce qu'elle cherche vraiment dans sa farandole ininterrompue d'innovations sociétales, il faut commencer par mettre au fumier tout ce qui se tartine un peu partout sous le nom de sociologie et de psychanalyse, et soustraire à la critique des souris les auteurs antilibéraux du XIXème siècle. Prenons Mgr Gaume, et lisons quelques lignes, à propos de la Révolution Française :

"Si, arrachant son masque, vous lui demandez : qui es-tu ? Elle vous dira : Je ne suis pas ce que l’on croit. Beaucoup parlent de moi et bien peu me connaissent. Je ne suis ni le carbonarisme... ni l’émeute... ni le changement de la monarchie en république, ni la substitution d’une dynastie à une autre, ni le trouble momentané de l’ordre public. Je ne suis ni les hurlements des Jacobins, ni les fureurs de la Montagne, ni le combat des barricades, ni le pillage, ni l’incendie, ni la loi agraire, ni la guillotine, ni les noyades. Je ne suis ni Marat, ni Robespierre, ni Babeuf, ni Mazzini, ni Kossuth. Ces hommes sont mes fils, ils ne sont pas moi. Ces choses sont mes œuvres, elles ne sont pas moi. Ces hommes et ces choses sont des faits passagers et moi je suis un état permanent. Je suis la haine de tout ordre que l’homme n’a pas établi et dans lequel il n’est pas roi et Dieu tout ensemble. Je suis la proclamation des droits de l’homme sans souci des droits de Dieu. Je suis la fondation de l’état religieux et social sur la volonté de l’homme au lieu de la volonté de Dieu. Je suis Dieu détrôné et l’homme à sa place, l’homme devenant à lui-même sa fin. Voilà pourquoi je m’appelle Révolution, c’est-à-dire renversement..."


Voilà. Une cuillerée trois fois par jour pendant huit jours.

Si ça ne va pas mieux, revenez me voir.


Philosophie du portillon




Dans le métro, le plus souvent, nous lâchons le portillon sans le tenir à la personne qui nous suit. « Je suis pressé, nous le sommes tous, on ne va pas se faire des politesses dans cet endroit fonctionnel, -et puis, le précédent ne l’a pas tenu non plus ! » Ainsi vont nos consciences, habiles à se justifier. Mais une fois de temps en temps, survient un petit miracle, une petite grâce dans la galerie souterraine : une personne vous tient le portillon. Que pensez-vous alors, et que faites-vous ? Trouvez-vous cette politesse incongrue, déplacée, ridicule. Nullement ! Et en voici la preuve irréfutable, que nous connaissons tous : lorsque celui qui nous précède tient le portillon, nous le tenons systématiquement à celui qui nous suit (je me trompe?) Nous aurions honte de ne pas le faire. Moralité : les comportements de sauvage n’ont aucune fatalité. L’espace d’un instant, nous entrevoyons la possibilité d’un autre monde, d’une autre vie, fondée sur la coopération. C’est l’univers technique, la fausse pudeur et le conditionnement  qui nous transforment en méchant petit street fighter.



Dans le métro





L’ « état de nature », comme chacun sait, n’était pas une hypothèse historique. C’était la description de ce que l’homme doit devenir dans le monde libéral. Ce n’est pas une origine, mais un terme. Or, nous y sommes. Après trois siècles de déroulement du programme moderne, l’homme commence à ressembler au solitaire égoïste des théories libérales. « L’orphelin célibataire » dont parlait Taine. Pour vous en rendre compte, faites une expérience très simple : promenez-vous dans le métro d’une grande ville occidentale –-par exemple à Paris- avec une femme enceinte de huit mois, à une heure d’affluence. Observez.  Voici ce que j’ai relevé : parmi les dizaines de passagers présents à chaque fois dans le wagon, seules les personnes immigrées -en l’occurrence maghrébines ou noires- se lèvent pour lui laisser leur place, voire demandent à une personne assise de le faire (geste d’altruisme encore plus grand, à mon avis). Pas un seul blanc, –fille ou garçon, jeune ou vieux, cadre dynamique de la Défense ou étudiant à Nanterre- ne fait le moindre geste –sinon celui de détourner le regard ou de se plonger dans la consultation compulsive de ses diverses prothèses électroniques. Au-dessous de quarante ans, au demeurant, la plupart ont les yeux perdus dans le vague, les oreilles couvertes par de gros écouteurs qui fournissent à leur paisible ignorance d’autrui l’alibi d’une cause matérielle –et à leur encéphale les bénéfices d’une progressive liquéfaction. Peut-on concevoir démonstration plus éclatante de notre effondrement moral ? Cette petite expérience met en évidence l’existence, au sein de ce qu’on hésite à nommer encore notre « société », d’un égoïsme absolument monstrueux. Ce n’est pas là une interprétation biaisée des faits : comment nommer autrement le fait pour un être humain adulte et conscient de rester indifférent au sort d’une femme visiblement fatiguée, portant sur son ventre le poids d’un enfant à naître ? En dehors d’une subite cécité, je ne vois qu’un égoïsme radical, un égoïsme tranquille, total, sans remords ni conscience, un égoïsme comme l’humanité n’en a sans doute jamais connu dans toute son histoire. Un égoïsme qui nous ramène en deçà même des instincts altruistes que l’évolution darwinienne, se vrillant sur elle-même, avait réussi à sélectionner comme favorables à l’existence de notre espèce. Jusqu’à présent, seuls quelques délires idéologiques passagers ont pu conduire des êtres humains à ne pas porter assistance à une femme enceinte. Mais cela n’a jamais été, sous aucune latitude, le comportement normal, régulier, quotidien. Mais alors, dira-t-on, pourquoi les immigrés font-ils exception ? Et que nous est-il arrivé de spécifique qui n’a pas eu lieu chez eux ?

Certains répondront : le féminisme ! Il est vrai que nous devons à cette avancée de la conscience universelle quelques désagréments mineurs, comme la disparition de la galanterie et l’accession des femmes au statut « d’homme comme les autres », buvant, fumant, portant des jeans et disant des gros mots. Mais s’agissant de notre affaire, c’est une fausse piste. L’objet de notre stupeur n’est pas tant la muflerie spécifique à l’égard d’une femme que l’inhumanité à l’égard d’une personne faible en difficulté. Mais alors, de quoi s’agit-il ? Je ne vois qu’une réponse : les populations immigrées ne viennent pas seulement d’ailleurs. Elles viennent du passé. A ce titre, elles ont encore une religion, c'est-à-dire une morale collective qui enseigne l’obligation de s’intéresser personnellement au sort d’autrui. C’est dire, identiquement, qu’elles arrivent de contrées où n’existent ni le consumérisme, ni l’Etat social. Autrement dit de contrées où l’individu a autre chose en tête que les injonctions narcissiques formulées jour et nuit par le marketing, et n’a pas définitivement renvoyé le souci d’autrui (ni le devoir de s’en protéger quand il est nuisible) à des entités anonymes et lointaines qui l’exonèrent de toute sollicitude concrète comme de tout effort personnel. On pourrait ramasser l’ensemble de ces constats en disant que les populations immigrées sont issues de sociétés traditionnelles. L’expérience du métro permet de créer un effet de contraste saisissant entre ces dernières et la société moderne parvenue à son stade ultime de développement. Tout se passe comme si les bornes les plus élémentaires de la moralité avaient été arrachées par le double mouvement d’émancipation de l’individu et d’étatisation de la solidarité. Derrière les proclamations dégoulinantes de l’humanitarisme, et sous le couvercle d’un appareil social tentaculaire qui dispense les bienheureux contribuables de prêter la moindre attention à l’existence d’autrui, tous les ressorts de la décence humaine ont été détruits, laissant une société d’atomes veules et sans morale. Tant que les systèmes sociaux subsisteront, cette société continuera de se targuer à la face du Monde de sa prétendue supériorité. Mais lorsque l’impasse financière aura conduit à la ruine ces divers dispositifs de bonté par procuration, alors la société libérale se donnera pour ce qu’elle est : un monde de chacals. La vie des hommes y sera, comme dans l'état de nature de Hobbes, et pour reprendre les propres mots du grand Anglais : « solitary, poor, nasty, brutish and short. » 


vendredi 18 avril 2014

Machiavel aux petits pieds




L’euro est une hérésie économique. Sur ce point, les grands économistes sont d’accord depuis le début, toutes tendances confondues. Du monétariste ultra-libéral Milton Friedman (Nobel 1976) au néo-keynésien social-démocrate Paul Krugman (Nobel 2008), en passant par le libéral protectionniste Maurice Allais (Nobel 1988), tous avaient prévenu : l’euro est une erreur. Pourquoi ? Pour une raison simple : la zone euro ne remplit pas les conditions de viabilité d’une monnaie unique, qui sont bien décrites par la science économique depuis longtemps. On lira sur ce point :
-       Robert Mundell, « A theory of optimum currency areas », American Economic Review, vol. 51, 1961.
En substance, une monnaie unique peut être instaurée de manière bénéfique lorsqu’on dispose d’une « zone monétaire optimale ». Une telle zone se caractérise par le fait que les différentes économies que l’on souhaite réunir sous une même monnaie présentent à peu près les mêmes propriétés : productivité, spécialisation commerciale, mode de fixation des salaires, inflation, etc.
La monnaie doit en effet refléter la nature et la santé globales de l’économie qu’elle représente. Si les différences sont trop grandes, il vaut mieux disposer d’une monnaie pour chaque zone. On risque sinon d’obtenir une cote mal taillée : une monnaie trop forte pour les zones faibles et trop faible pour les zones fortes. Tous les signaux économiques se trouvent alors faussés : le faible niveau de compétitivité d’une zone n’est plus traduit par la dépréciation de sa monnaie, les taux d’intérêt et le pouvoir d’achat ne reflètent plus la véritable santé des emprunteurs et des consommateurs. En outre, les zones les plus fortes finissent par détruire la base productive des zones les plus faibles, ces dernières se grisant d’une richesse artificielle jusqu’au moment de leur faillite, précédant l’enclenchement d'une spirale déflationniste.
Tout cela ne vous rappelle rien ? C’est exactement ce qui est en train d’arriver au sein de la Zone euro : certains pays, jouissant d’une monnaie surévaluée, ont consommé plus que de raison et se sont endettés jusqu’au délire, drogués par des taux d’intérêt irréalistes; tandis que d’autres, jouissant d’une monnaie sous-évaluée, ont accumulé des excédents commerciaux énormes et littéralement dépecé l’industrie de leurs concurrents. Pourquoi ? Eh bien, justement, parce que les différents pays de la zone euro ne constituent pas une zone monétaire optimale. Leurs économies sont trop différentes. En France, par exemple, le mode de fixation des salaires est tel que l’impossibilité de dévaluer la monnaie est une véritable catastrophe pour l’industrie. La surévaluation de l’euro détruit notre base productive.
C’est ce que les prix Nobel se sont bornés à faire remarquer, prévoyant exactement ce qui s’est passé. Disposer d’une monnaie qui reflète mal l’état véritable de l’économie, c’est comme disposer d’instruments de navigation détraqués, ou comme s’être fait anesthésier certaines parties du corps. Cela conduit à faire n’importe quoi. On ne sent plus la réalité économique, jusqu’au moment où elle se rappelle à notre souvenir ...trop tard.
Ici, on nous objectera que Mundell lui-même (également prix Nobel) s’était prononcé en faveur de la monnaie unique européenne. Pourquoi ? Parce que sa théorie dit que si l’on applique une monnaie unique à une zone monétaire non optimale, il existe deux moyens de corriger les effets négatifs qui en résultent : la mobilité des travailleurs quittant les zones de chômage et l’existence d’un Etat central subventionnant les zones en difficulté. Dès lors, se prononcer en faveur de la monnaie unique, c’était se prononcer pour la création d’un Etat central capable de lever l’impôt et pour la dilution des attachements nationaux (ce que ne faisaient pas les autres prix Nobel, soit qu’ils fussent anti-étatistes, soit qu’ils fussent tout simplement plus réalistes que Mundell). C’était donc par conviction politique que Mundell approuvait l’euro.
C’est aussi ce qu’avaient en tête les économistes européens (comme Attali, par exemple). Ils n’ignoraient sans doute pas le caractère dangereusement inadapté de l’euro ; ils comptaient au contraire dessus pour hâter l’avènement de leur rêve. Ils voulaient, en d’autres termes, faire les choses « à l’envers » : commencer par l’économie pour faire advenir la politique sous l’effet du caractère insupportable des conséquences qui ne manqueraient pas de résulter de la monnaie unique. Il s’agissait donc d’un projet proprement machiavélique : mentir aux peuples sur les véritables intentions du projet, puis les contraindre à désirer des choses qu’ils n’avaient pas demandées.
Evidemment, tout cela a très mal tourné.
Les apprentis-sorciers étaient des demi-habiles. Ils ignoraient que la politique aussi a ses lois. Et s’il est difficile de faire fonctionner une monnaie dans une zone monétaire non optimale, il est encore plus difficile de faire naître un Etat dans une "zone politique non optimale". Nous appelons ici « zone politique optimale », un ensemble de populations partageant la même langue, la même culture, la même histoire, les mêmes attachements sentimentaux, la même conception de leurs intérêts géopolitiques fondamentaux.
De toute évidence, l’agrégat des Etats-Nations européens ne correspond pas à cette définition. Les peuples européens, même s’ils souffrent, ne veulent pas se dissoudre. En dépit de tout, les Etats-Nations sont solides. Les dégâts causés par l’application d’une monnaie unique à des économies trop différentes n’ont pas fait naître le désir d’un Etat central. Ils ont entraîné seulement –et logiquement- le désir de se débarrasser de l’euro.
L’erreur la plus profonde des promoteurs de l’euro n’est donc pas de nature économique, mais politique et philosophique. Prenant leur désir pour des réalités, ils ont cru que la torture économique qu’ils infligeraient cyniquement aux nations européennes suffirait à leur faire désirer la mort. Eh bien non. Les nations ne veulent pas mourir.

Mais l’euro doit disparaître.



Vendredi saint


Croire sincèrement en Dieu -quand Dieu nous donne cette grâce- apporte à la fois l’inquiétude et la paix. L’inquiétude car plus vous croyez en l’existence objective d’une loi divine, plus vous accordez de gravité aux désordres monstrueux de notre société ; la paix, car plus vous croyez en la Providence divine, plus vous êtes conduits à penser que cette décadence, sans avoir été voulue par Dieu, ne pourra pas déjouer ses desseins, et qu’elle ne peut rien contre ceux qui se tiennent fermement attachés au mât, comme Ulysse dans son bateau. Vous traversez ainsi la vie à la fois effaré et confiant, sans espoir et plein d’espérance. Mutatis mutandissimis, cela permet peut-être de comprendre la mystérieuse doctrine catholique qui veut que le Christ dans sa passion se soit trouvé dans l’extrême de la déréliction, sans perdre à aucun moment les joies de la vision béatifique.


jeudi 17 avril 2014

Mauvais argument


L’immigration, telle qu’elle existe aujourd’hui en France (quantité et qualité), loin d’apporter une solution à nos difficultés économiques (vieillissement, retraites, compétitivité, etc.) est plutôt un facteur aggravant. Les arguments des milieux patronaux en faveur de l’immigration telle qu’elle est reflètent de simples intérêts particuliers à courte vue. Sur cette question, la gauche immigrationniste fait figure d’ « idiot utile » du Medef.


L’immigration, telle qu’elle est, ne fait pas baisser le taux de chômage ni augmenter le taux d’emploi :

D’un point de vue statistique, la population immigrée contribue à augmenter le taux de chômage français.



Non immigrés
Immigrés
Immigrés hors UE
Taux de chômage %
8
16
22

Insee 2009

La France compte déjà plus de 3 millions de personnes peu qualifiées au chômage; il n’est pas raisonnable de considérer qu’il faille en faire venir d‘autres de l’étranger pour occuper les emplois que les Français n’occupent pas. Une vraie question, rarement posée, est de savoir à quel niveau de salaire les Français peu qualifiés accepteraient les emplois en question. Les études les plus complètes sur les effets de l’immigration sur le marché du travail (Cf. Borjas[1]) concluent que l’immigration peu qualifiée exerce une pression à la baisse (ou du moins à la non-hausse) sur les salaires des personnes peu qualifiées déjà installées (natives et immigrées). Comme le dit un rapport récent de la Chambre des Lords sur les effets économiques de l’immigration:

L’argument qui soutient que l’immigration nette est nécessaire pour occuper les emplois vacants et que les immigrants occupent des emplois que les locaux ne peuvent ou ne veulent pas exercer est fondamentalement erroné. Il ignore les alternatives potentielles à l’immigration pour répondre aux pénuries de main d’oeuvre, y compris l’ajustement par les prix dans un marché du travail compétitif et l’accroissement de l’offre de travail local qui en résulterait en l’absence d’immigration. [2]

On trouve la même argumentation sur le plan théorique (mais sans données expérimentales) dans le rapport de Gilles Saint-Paul remis au ministre de l’immigration en 2009.[3]


L’immigration par elle-même n’apporte pas de solution au problème du financement des retraites :

On dit souvent qu’il faut des immigrés pour financer les retraites. Le raisonnement est que les immigrés sont jeunes et qu’ils cotisent. On traite donc l’immigration comme un surcroît d’enfants. Mais la France fait déjà suffisamment d’enfants pour reproduire sa population. Il n’y a donc pas de problème démographique grave. Les difficultés de financement des retraites ne tiennent pas, en France, au manque d’enfants mais à l’allongement de la vie. La solution rationnelle à ce problème est soit le report de l’âge de la retraite, soit l’augmentation de l’effort des cotisants. Mais l’augmentation de la population totale n’est pas une solution en rapport avec la nature du problème. Car la population supplémentaire finira bien par prendre sa retraite, elle aussi. On dira alors que la solution au problème des retraites consiste en un accroissement perpétuel et sans limite de la population, ce qui est absurde (on peut certes, pour d’autres raisons, souhaiter l’accroissement de la population, mais c’est sans rapport avec la question des pensions, qui ne réclame que la reproduction des générations). Si, de surcroît, comme c’est le cas en France, les populations immigrées souffrent d’un taux de chômage supérieur à la moyenne et d’un taux d’emploi inférieur, on mesure à quel point l’argument est fallacieux.


L’immigration, telle qu’elle est, n’augmente pas le niveau de qualification de la population active

Les populations immigrées sont globalement moins qualifiées que la population française d’origine.


Non diplômé
Diplôme pro
Bac
Bac + 2
Sup
Natifs
42,7
29,5
8,3
9,4
10,1
Maghreb
65,8
14,81
6,69
4,26
8,39
Afrique sub
53,2
12,2
13,4
6,2
15

Enquête emploi 2005

En outre, une comparaison avec les Etats-Unis montre la prédilection particulière de la France pour l’immigration peu qualifiée.

Niveau de formation des immigrés d’origine africaine


Niveau primaire
Niveau secondaire
Niveau supérieur
Etats-Unis
16%
38%
46%
France
54%
29%
17%




La politique française de ciblage sur les métiers en tension n’est peut-être pas une bonne idée

La désignation de secteurs en tension et le recours à une main d’oeuvre immigrée pour les combler perturbe le fonctionnement naturel de l’économie. Normalement, la pénurie devrait aboutir soit à l’augmentation des salaires dans ses secteurs (jusqu’au niveau où des natifs les accepteraient), soit au développement du progrès technique. L’immigration fausse ce mécanisme. Il faut ajouter à cette objection de principe le fait que si les pénuries sont souvent temporaires, l’installation des immigrés, elle, ne l’est pas. Une fois le recours à l’immigration enclenchée, des habitudes se prennent et les employeurs ne cherchent plus à embaucher des natifs.[4] Pierre Cahuc, commentant le rapport de Gilles Saint-Paul écrit : « L’immigration économique devrait être pensée en fonction d’objectifs de long terme, et non d’indicateurs de court terme qui peuvent varier au gré des fluctuations économiques. Ces objectifs devraient viser un accroissement du PIB par tête et favoriser la mobilité de la main d’oeuvre. Les difficultés de recrutement de certains secteurs et métiers sont liées, surtout en période de chômage élevé, à des dysfonctionnements du marché du travail qui devraient être résolus par une adaptation de la réglementation du travail plutôt que par un appel à une main d’oeuvre étrangère. »[5]


Quelles conclusions tirer de ces quelques données ?
Les justifications économiques de l’immigration, très souvent avancées comme des évidences, méritent une remise en cause complète.
Considérée dans l’absolu, l’immigration n’est ni un bien, ni un mal. Tout est relatif à la situation du pays d’accueil, à ses besoins, à ses capacités d’assimilation. Si à une époque donnée, l’immigration peut être une bonne chose, elle peut être un problème à une autre époque. Tout dépend de la situation, qu’il faut savoir évaluer de manière objective.

D’un point de vue économique, l’immigration est une bonne chose :

1.      Quand elle est nécessaire à la reproduction de la population
2.      Quand elle permet d’augmenter rapidement le niveau de qualification de la main d’œuvre
3.      Quand elle permet d’augmenter le PIB d’une économie en situation de plein emploi
Force est de constater que l’immigration actuellement subie par la France ne remplit aucune de ces conditions : la population française assure par elle-même la reproduction des générations ; l’immigration actuelle fait baisser le niveau moyen de qualification ; l’économie française est très loin du plein emploi. Dans une telle situation, on peut penser que l’immigration (telle qu’elle est) augmente le chômage, tire les salaires à la baisse chez les non-qualifiés et dégrade les comptes sociaux.



[1] Georges J. Borjas, « Increasing the Supply of Labor through Immigration, Measuring the Impact on Native-Born Workers », Backgrounder, Center for Immigration Studies, May 2004.
[2]The Economic Impact of Immigration, vol. 1 : Report, p.39, 2008. http://www.publications.parliament.uk/pa/ld200708/ldselect/ldeconaf/82/82.pdf
[3] Gilles Saint-Paul, Immigration, qualifications et marché du travail, CAE, 2009.
[4] Gilles Saint-Paul, Immigration, qualifications et marché du travail, CAE, 2009.
[5] Ibid, p. 107, commentaire du rapport par Pierre Cahuc (CREST)

mardi 15 avril 2014

The end is near



Je l'ai déjà dit, les européistes font peine à voir. Ils n'ont plus d'arguments. Longtemps, ils ont tenu les estrades avec des promesses et des procrastinations. Mais l'heure des comptes est passée. Les gens les ont faits. On a beau être con, on sent que ça brûle. Dès lors, que promettre? Plus rien, naturellement. 
Il ne reste plus qu'à faire l'inventaire. Tout mouillé, cela donne trois arguments (vérifiez, vous verrez) : 
  1. on ne fait plus la queue au poste-frontière
  2. on n'a plus besoin de changer de monnaie quand on part en vacances
  3. on ne fait plus la guerre à l'Allemagne
Maigre butin...
Absurde butin, surtout.

Reprenons.
  1. On ne saurait juger de la suppression des frontières à la seule lumière d'un avantage aussi anecdotique que la fin des files d'attente. On est gêné d'avoir à le dire. Que pensent les citoyens du caractère désormais hors de contrôle de l'immigration clandestine ?
  2. La fin des contraintes de change ne pèse pas lourd dans la balance quand on la rapporte aux conséquences dévastatrices qu'emporte l'instauration d'une monnaie unique dans une zone monétaire non optimale. Que pensent les citoyens des promesses de croissance et de plein emploi faites au moment de la mise en place de l'euro?
  3. La réconciliation franco-allemande n'a tout simplement aucun rapport avec l'Union européenne. Elle fut l'oeuvre du Général de Gaulle et de Konrad Adenauer. Si l'on cherche des raisons plus profondes, elle résulte du fait que l'Allemagne, mise à genoux en 45, effondrée sous l'immensité de ses fautes, a tout simplement perdu le goût pour longtemps de faire la guerre à ses voisins. Si un jour elle voulait refaire la guerre, aucune institution ne l'en empêcherait. Seuls des naïfs et des songe-creux, disciples d'Aristide Briand, colporteurs des illusions de la SDN, croient encore que les échanges commerciaux, les parchemins et les ronds-de-cuir gouvernent les passions nationales. Une chose est sûre : cette réconciliation n'a aucun rapport avec la perte de notre souveraineté, avec la suppression des frontières, le libre-échange, la mise en place de l'euro, la toute-puissance de la commission européenne. Cet argument est parfaitement malhonnête.
Voilà voilà, je crois qu'on a fait le tour. Les eurolâtres sont en slip.


Pour l'Europe : enfin un argument pur porc !


S'adressant aux "jeunes", Monsieur Joseph Daul, président du Parti Populaire Européen (PPE, coalition des "droites" européistes), a enfin trouvé un argument digne de lui, et bien représentatif du niveau intellectuel et moral de la classe politique française. Si un rédacteur de dictionnaire (Finkielkraut ?) cherche un exemple pour illustrer les articles "démagogie" ou "vulgarité", voici de quoi faire :

«Et puis je leur dis qu'à leur âge, à 18 ans, quand je voulais aller à Kehl pour voir les films pornos qui étaient interdits en France, il fallait parfois deux heures et demie pour passer la douane ! On arrivait au cinéma et le film était terminé ! Et puis une fois sur deux, j'avais oublié le porte-monnaie avec les marks ! Quand on leur explique des choses comme ça, aux jeunes, ils voient tout de suite à quoi sert l'Europe.»

Le brave Joseph est sûrement très sincère en disant cela. Il cligne de l'oeil et joue au roublard graveleux, mais la vérité du bon Dieu, c'est qu'il aurait bien du mal à trouver un autre argument. Dialectiquement, les européistes sont à la rue. Ils n'ont plus de raisons sérieuses à avancer. La suppression des postes-frontières et la levée des contraintes de change sont bien les seules conquêtes qu'ils puissent avancer à l'actif de leur fameuse "construction". Se rendent-ils compte du caractère dérisoire de ces résultats ?

"La souveraineté ? L'indépendance ? La démocratie ? Allons, allons, leur abandon est un prix bien doux pour s'épargner dix minutes d'attente à la frontière !"

Voilà où en sont nos élites.