jeudi 1 décembre 2016

Le Revenant









Que signifie la victoire de Fillon ? A mon sens essentiellement ceci : la bourgeoisie conservatrice, réveillée par Taubira, est restée mobilisée depuis 2013 ; elle a pris conscience d’elle-même comme d’une force électorale. Légitimement dégoûtée par Sarkozy, et franchement hostile à Juppé, elle a porté ses suffrages sur le candidat apparemment le moins éloigné de ses principes. Certains rétorqueront : mais il y avait Poisson ! Certes, mais la bourgeoisie n’aime pas les minoritaires, les oppositionnels, les dissidents ; elle rêve de consensus ; elle s’oppose à la modernité, mais pas de manière radicale. Elle le fait gentiment, par le style, par l’ambiance. Sans aller à la racine du mal. Elle voudrait bien empêcher que les homosexuels puissent adopter des enfants, pas revenir sur les acquis du Progrès. Exit donc Poisson. Et puis la bourgeoisie conservatrice n’a pas qu’un seul principe, elle en a deux : elle est conservatrice, certes, mais elle est aussi libérale. Lisez Mauriac. Dieu et Mammon. Le discours économique de Fillon lui plaisait donc beaucoup plus que celui de Poisson. Enfin, la bourgeoisie conservatrice est hostile à l’islamisation de la France, mais pas au point de voter Front National (elle ne souffre pas assez). Et comme Sarkozy, sur ce point comme sur tous les autres, n’avait plus aucune crédibilité et que Juppé est un chantre de l’islamisation, Fillon a facilement raflé la mise.

Bref, la bourgeoisie conservatrice, entre la sortie de la messe et la pâtisserie, est allée voter pour Fillon. Cela représente 2 millions de personnes. Rappelons qu’il y a en France 44 millions d’électeurs. Il ne faut donc pas s’emballer. Le suffrage censitaire n’a pas encore été rétabli. Le peuple, pour le moment, regarde le spectacle.

 Plusieurs remarques s’imposent.
D’abord sur François Fillon lui-même. Son allure, son élégance vestimentaire, sa syntaxe, ses sourcils, son sérieux masquent le flou de son profil idéologique. Lui qui s’est présenté pendant trente ans comme un gaulliste et comme un « séguiniste » explique à présent qu’il regrette de ne pas avoir voté pour le traité de Maastricht et qu’il faut à la France une cure de thatchérisme. Il semble donc avoir changé de convictions. Nous aurions donc affaire à un converti. Converti aux bienfaits –ou du moins à l’inéluctabilité- de l’Union européenne et de la mondialisation libérale. Etrange. D’autant plus étrange qu’il a gardé le style cocardier et la rhétorique souverainiste de ses anciennes convictions. Mais alors, par quoi ses électeurs ont-ils été séduits ? Par l’emballage ou par le contenu ? Peut-être bien par les deux. Cette contradiction n’est pas étonnante, elle est même au cœur du drame inconscient de la bourgeoisie catholique, qui ne voit pas qu’il est parfaitement contradictoire d’être libéral en économie et conservateur en matière civilisationnelle. Le Capital, auquel elle veut faire plus de de place, détruit tout ce qu’elle prétend par ailleurs vouloir conserver.
Se pose ensuite la question de savoir ce que l’on pourrait espérer d’un François Fillon devenu président de la République. Prenons les principaux sujets.
En matière d’Affaires étrangères, on peut raisonnablement s’attendre à des attitudes moins humiliantes, moins désordonnées, moins droits-de-l'hommistes et mois anti-russes que pendant les deux derniers quinquennats. Les circonstances sont très favorables à ce retour à la raison puisque, facétie de l'Histoire, c'est le nouveau maître américain en personne qui va nous demander d'être un peu moins otanien. On n’aura donc pas besoin d’une audace folle pour être moins atlantiste : cela nous sera demandé par l’Empire lui-même. C’est le gaullisme mis à la portée des timides !
En matière économique, le programme de Fillon pourrait avoir été rédigé par la Commission européenne. C’est l’austère programme dicté par l’appartenance de la France à la zone euro. Un programme déflationniste de type Laval-1935 (l’euro est notre étalon-or !): travailler plus, gagner moins, réduire les dépenses, augmenter la TVA, partir à la retraite vers 70 ans, etc. Tout cela est sans doute nécessaire dans le carcan européen, mais pas très engageant. Notons au passage que ces divers thèmes économico-disciplinaires constituent vraiment le centre des préoccupations de François Fillon et de son entourage. Ce sont les thèmes auxquels il tient le plus. Ce sont également des thèmes qui plaisent à son cœur électoral. Pensez-y : pour vibrer à l’idée de travailler plus longtemps, de gagner moins, de voir baisser les remboursements de la Sécu, il faut être... riche et retraité. Et ce d’autant plus qu’il y a une cerise : la baisse des impôts directs qui, comme aurait dit La Palisse, ne soulage que ceux qui en paient. Il y a donc fort à parier que François Fillon s’accroche à cette partie de son programme. Au moins dans un premier temps, jusqu’au repli en bon ordre.
Venons-en à l’immigration. Ici, il faut distinguer deux aspects : il y a d’un côté la question de l’islamisation et de la défense de l’identité française ; de l’autre la question de l’immigration proprement dite, c’est-à-dire des flux d’étrangers arrivant en France chaque année. Il est certes bien difficile, pour ne pas dire inconséquent, de séparer les deux, et ce d’autant plus que notre appareil assimilateur (Ecole, Eglise, Armée) est en ruines -mais c’est pourtant ce que devra faire François Fillon. Et pour une raison simple : il ne fera rien d’efficace contre l’immigration. Car pour stopper l’immigration, c’est-à-dire mettre un terme au processus d’invasion et de colonisation en cours, il faudrait rompre avec les institutions européennes (disons au moins dénoncer la CEDH) et redevenir un Etat souverain démocratique (ce qui suppose au minimum de ramener le Conseil Constitutionnel à son véritable rôle, par un referendum). Sans cela, en effet, il est impossible d’arrêter le regroupement familial, d’interdire les rapprochements de conjoints, de déchoir les anti-français, de refuser de scolariser les clandestins, etc. Le paradigme individualiste des droits de l’homme, dans la main des juges (nationaux et supranationaux), nie le droit des nations à se conserver et à se protéger elles-mêmes. Or, on peut parier sans risque que François Fillon n’aura jamais l’audace de penser, et encore moins d’agir, en dehors de ce cadre antinational, qui est structurellement immigrationniste. La légitime préférence des peuples pour eux-mêmes est le grand principe politique interdit dans toute l’Europe occidentale. Tant que cet interdit ne saute pas, la politique en ces matières se réduit à de la gesticulation. Fillon se contentera donc de briser quelques lances contre l’islamisme, de fermer une dizaine de mosquées, de faire quelques gestes de célébration de l’identité traditionnelle de la France. Mais rien de plus. Cela peut suffire, au demeurant, à satisfaire le cœur de son électorat, qui ne vit pas au contact de l’immigration et n’en subit les désagréments que de manière très atténuée –quand il n’en retire pas carrément des avantages. Sous une présidence Fillon, la France devrait donc continuer de changer de peuple, à la même vitesse qu’actuellement (rappelons que près de 40% des naissances en 2015 sont le fait de résidents étrangers ou d’origine étrangère). Ce nouveau peuple étant musulman, l’islamisation se poursuivra.
 
Fillon président ?

Je résume : une politique étrangère moins interventionniste et plus équilibrée ; une politique économique sans doute assez déflationniste et favorable à ceux qui payent beaucoup d’impôts ; pour le reste, l’aggravation des processus en cours, mais avec une défense de façade de l’identité française.

Cela ne vous rappelle rien ?

Chirac !















 


 



jeudi 24 novembre 2016

Point de situation


Me revoici. J’ai dessaoulé. Il faut dire, en ce moment, nous sommes à la fête. Langues de belle-mère et cotillons ! La tronche déconfite de l’Ennemi fait plaisir à voir. Cela étant, rien n’est fait. S’agissant de Trump, il faut attendre. A côté de l’hypothèse optimiste, les deux hypothèses pessimistes sont toujours en lice : sarkozysation ou neutralisation. Nous verrons. Quant à la France, qu’en dire ? Eh bien, chez nous aussi, la classe médiatique est couverte de pipi. Son jouet est cassé. Elle trépigne. Plus rien ne se passe comme elle veut. Les journaux sont tout juste bons à dépiauter du poisson. Evidemment, la puissance de percussion n’est pas la même qu’aux Etats-Unis. Notre show-man, ce n’est pas Trump et ses trumpettes, c’est Fillon et ses flon-flons. Mais ne boudons pas notre plaisir : la déconvenue des deux hyper-nocifs Sarkozy et Juppé est absolument jouissive, ne serait-ce que par simple esprit de justice. Le premier devrait être derrière les barreaux depuis longtemps, pour ne pas dire plus ; quant au second, il est tellement plus intelligent que nous qu’on devrait l’empailler et le mettre au Muséum. J’espère qu’il mordra la poussière dimanche. Mais allez savoir.

Venons-en au fond. D’abord une remarque sur les thématiques des candidats aux primaires. Je me suis rendu compte l’autre jour que les candidats mettaient au cœur de leur message l’élément qui leur manque le plus. Ils se prévalent de ce qui leur fait défaut par excellence. Sarkozy, l’inculte mondialisé, invoque en permanence « l’identité française ». Fillon, connu pour sa timidité dans l’action et ses sciatiques à la moindre contrariété, parle tout le temps du « courage et de l’audace ». Lemaire et NKM, qui débitent de vieilles rengaines giscardiennes des années 70, revendiquent leur « nouveauté ». Juppé, l’homme qui a avalé son parapluie, nous entretient de la « joie et du bonheur ». De toute évidence, il n’a pas d’échantillon sur lui. Et Copé, Monsieur 0,13% ? De la « levée en masse » des Français ! Vous avouerez qu’ils sont impayables.

Il convient ensuite de relever la place centrale qu’est en train de prendre l’avortement dans ce qu’il est convenu d’appeler le débat politique. Assurément, aucun des candidats ne se prononce contre le droit à l’avortement, mais le simple soupçon de réserve à l’égard de ce droit, de manque d’enthousiasme à l’égard de cette liberté, ne serait-ce qu’à titre privé, suffit à vous mettre en difficulté aux yeux de l’Oligarchie. Le manque de passion pour le massacre des innocents est  devenu l’incrimination suprême. L’arme absolue. Je n’en finis pas de considérer cette situation extraordinaire. D’un point de vue métaphysique et moral, c’est proprement apocalyptique. Le Mal se dévoile sans réserve. Le mensonge et l’homicide, qui se tiennent la main dans cette affaire, exigent l’approbation universelle. Quand Robert Badinter et Simone Veil passeront l’arme à gauche, il y a fort à parier qu’ils entreront au Panthéon le même jour, l’un pour avoir sauvé les coupables, l’autre pour avoir permis la mort des innocents. Réalisation des prophéties ! Mais, ces temps-ci, je crois que l’Adversaire commence à sentir la possibilité d’un rejet violent, d’une résistance farouche. Il se raidit. Il sent venir le combat final.

mardi 25 octobre 2016

ça monte, ça monte



Voici donc, ci-dessus, la petite mise à jour annuelle de la carte de la disparition des Français. Cela se passe évidemment de commentaires. En prime, je vous glisse la carte de la dispersion des clandestins de Calais, ci-dessous. C'est donc au nom de "l'Etat de droit" que nos gouvernants, que je propose de renommer plus simplement nos gêoliers, installent un peu partout dans la campagne française des gens qui sont entrés illégalement sur notre territoire et n'ont, de par la loi, aucun titre à y rester.




L'Etat applique donc les dernières forces qui lui restent à bafouer la loi et à offenser les citoyens. Les préfets, pour l'occasion, mettent leurs gants blancs. Le spectacle d'un tel avilissement, d'une telle auto-destruction nationale, est à mon sens unique dans toute l'histoire. Il n'est pas exagéré de dire que l'Etat est désormais, de manière ouverte, officielle, en uniforme, l'ennemi du peuple français. Il s'agit d'un phénomène proprement inimaginable. Quand les Allemands ont envahi la France, il s'est trouvé des collaborateurs. Mais personne, tout de même, n'avait pris les devants et organisé leur venue. Nous avons affaire à une collaboration "au carré". Comme l'a dit le Premier Ministre : "Ceux qui s'opposeront à l'arrivée des migrants dans leur village trouveront l'Etat en face d'eux." Cela a le mérite d'être clair : c'est le langage qu'on utilisait autrefois contre les criminels intérieurs et les armées ennemies. Tout redevient cohérent si l'on se met une bonne fois pour toutes dans la tête que nous sommes, nous autres Français, les ennemis de nos chefs. Il faudra ensuite en tirer les conséquences. Ou pas.








mercredi 19 octobre 2016

Lectures


Pour comprendre ce qui nous arrive, certains auteurs sont d’une grande aide. J'aime bien, de temps en temps, en dresser la liste, ne serait-ce que pour me rappeler de les lire -et ne pas me disperser chez les autres.  
  • Aristote, pour tout.
  • Saint Thomas d’Aquin, pour mieux comprendre le précédent et savoir comment articuler la nature et la grâce.
  • Thomas Reid, pour réfuter toutes les absurdités philosophiques qui se sont multipliées à partir de Descartes jusqu’à Hume inclus.
  • Karl Marx, pour comprendre la grande machine capitaliste.
  • Saint Pie X, pour saisir le danger du subjectivisme.
  • Charles Maurras pour comprendre pourquoi la monarchie est le meilleur régime.
  • Günther Anders, pour comprendre la technique.
  • Karl Polanyi, pour comprendre le dés-encastrement de l’économie et son règne de Moloch.
  • Martin Heidegger, pour appréhender le nihilisme comme volonté de la volonté.
  • Simone Weil pour saisir la nécessité de l’enracinement.
  • Hannah Arendt pour décrire la modernité culturelle.
  • Ivan Illitch pour regarder en face la société technicienne.
  • PAUL HAZARD, pour comprendre ce qui s'est passé au XVIIème siècle.
  • Charles de Koninck pour mettre l’individu bien à sa place.
  • Yves Simon pour acquérir une vision réaliste de la politique.
  • Serge Latouche pour comprendre l’occidentalisation du monde.
  • Michel Clouscard pour découvrir la racine de l’idéologie libérale-libertaire.
  • Emmanuel Todd pour trouver l’esprit des peuples dans les structures familiales –et découvrir le caractère archaïque originaire de la famille nucléaire.
  • Jean-Claude Michéa pour mettre en lumière les racines du libéralisme.

Synthèse



Il arrive parfois que la vérité se trouve comme ramassée, condensée et exprimée de manière frappante par une toute petite chose, un détail, à la faveur d’une circonstance anodine. En voici un bel exemple. Si vous voulez comprendre d’un coup la nature du régime dans lequel nous vivons, rendez-vous dans une gare SNCF et approchez-vous de l’une de ces bornes (photo ci-dessous).



Il s’agit d’un dispositif censé permettre aux usagers de donner leur avis sur les services de la SNCF. Et c’est là que les choses deviennent intéressantes. Regardez bien. Si vous êtes satisfait (c’est-à-dire, en novlangue dégoulinante, si vous éprouvez de l’amour pour la SNCF), vous pouvez appuyer sur un gros bouton orné d’un cœur ; en appuyant vous augmenterez d’une unité le total des gens contents, qui apparaît sur un écran au-dessus du clavier ; et si vous êtes mécontent ? Eh bien si vous êtes mécontent, il n’y a pas de bouton, pas d’écran, pas de total : on vous propose d’aller sur internet pour expliquer par écrit ce que vous proposez pour améliorer le service. Le plus amusant est que si vous vous rendez sur le site internet indiqué (par le truchement d’une démarche complexe supposant le « flashage » d’un « QR code » -ne me demandez pas ce que c’est), vous tomberez sur une page d’accueil vous proposant de nouveau, par le biais d’un gros bouton rose, de dire que vous aimez la SNCF. Je pense en avoir dit assez. N’est-ce pas là un parfait résumé du régime politique dans lequel nous vivons ? Le suffrage et la liberté d’expression ne cessent d’être portés en étendard par le pouvoir, tout comme la SNCF ne cesse de vanter l’attention qu’elle porte à l’avis de ses usagers, mais à une condition expresse : que le suffrage et l’expression manifestent une approbation massive du système en place. Il va de soi que la démocratie, dans le cas contraire, s’appelle populisme. Et que toute expression négative massive (que permettrait l’installation d’un bouton « J’aime pas ») « mettrait en danger la démocratie » et nous rappellerait « les heures les plus sombres de notre histoire ». L’analogie entre le dispositif de la SNCF et notre régime va même un peu plus loin, car dans la gare, tout autour de la borne démocratique, sont disposées d’immenses affiches représentant trois mains (pluriethniques, of course) venant appuyer sur le gros bouton rose, le tout surmonté du slogan :  "Et si on appuyait là où ça fait du bien?"

Autrement dit, la SNCF, qui est censée organiser une sorte de consultation démocratique, et qui s'en vante, vous matraque la tête consciencieusement, avec votre argent, pour vous dicter la bonne réponse. Etant entendu, de toute façon, que toute réponse négative disparaîtra dans le néant. Exactement ce qui se passe avant tout référendum dans un Etat de l’Union européenne !


C'est ce que l'on appelait autrefois, en bon français, prendre les gens pour des cons.







mardi 11 octobre 2016

Billet d'humeur






Le Ralliement, manu militari








Je sais que ça ne sert pas à grand-chose, mais j’aime bien passer un peu de temps à comprendre par quel enchaînement, par quels malheureux concours de circonstances nous sommes arrivés au fond du cloaque où nous barbotons. Car, même en pleine décadence, la science historique apporte une satisfaction d’un genre très particulier, celle dont parlait sans doute Platon quand il disait que connaître le mal ne le supprime pas, mais procure une sorte d’apaisement au philosophe. Au demeurant, comme c’est une des dernières qui nous restent, avec le vin frais et le bon pain, autant ne pas la bouder. Mais trêve de bavardage. Voici où je voulais en venir : les catholiques feraient bien d’apprendre leur propre histoire plutôt que d’ânonner la propagande de l’Adversaire. Il y a deux thèmes qui me mettent littéralement les nerfs en pelote quand on en vient à parler de l’Eglise et de la Modernité : la sacro-sainte laïcité et le ralliement à la République. Sur le premier point, je suis fatigué d’entendre, dans la bouche de catholiques, quand ce n’est pas dans celle de prélats, que la séparation de l’Eglise et de l’Etat est une idée chrétienne, une idée évangélique, exprimée dans le célèbre verset : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » Dans leur zèle, certains vont jusqu’à expliquer que c’est l’honneur et la fierté d’un catholique de ne pas faire le moins du monde état de son catholicisme sur la place publique et, s’il est homme politique, de mettre un gros mouchoir dessus. C’est le cas de l’inénarrable Bayrou. Il paraît que le malheureux, dans sa jeunesse, a sauté la tête la première dans une piscine vide. Est-ce au fond de la même piscine qu’il est allé pêcher les âneries qu’il débite ? Bien sûr que non. C’est plus sûrement dans la bouche de nos adversaires. Adversaires qui, dans leur perversité, ont réussi à faire croire aux benêts de catholiques que c’est l’Evangile lui-même qui exigeait qu’on prît les mesures antichrétiennes de la IIIème République. On assiste alors à ce touchant spectacle : des catholiques, éperdus de gratitude, expliquant doctement que c’est le christianisme véritable qui a inspiré l’expulsion des congrégations, la loi de 1905 et les inventaires à la force des baïonnettes. C’est bien simple : depuis 50 ans, les catholiques passent leur temps à répéter la propagande intoxicatrice du camp d’en face. La phrase du Christ sur César n’a jamais signifié, selon la doctrine catholique, la séparation de l’Eglise et de l’Etat, mais seulement la distinction du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel. La différence entre les deux est de taille : la séparation de l’Eglise et de l’Etat, c’est la totale indépendance de l’Etat à l’égard de la loi divine en matière morale. C’est l’objectif de la franc-maçonnerie depuis sa création. La distinction du spirituel et du temporel, c’est la division du travail entre l’Eglise et l’Etat : la première s’occupe de tout ce qui concerne, directement ou indirectement, le salut des âmes ; le second s’occupe du reste. Autrement dit, et pour prendre quelques exemples, l’Eglise n’a aucune droit de regard sur les questions sécuritaires, fiscales, cadastrales, routières, vestimentaire ou alimentaires. Le christianisme n’est pas l’islam ; il reconnaît une sphère de pleine autonomie pour les autorités terrestres. En revanche, dès qu’un sujet touche, directement ou indirectement, au salut des âmes, l’Eglise a le droit de parler et l’Etat a le devoir de l’écouter. Concrètement, cela veut dire que si une mesure législative quelconque contrevient à la loi divine (disons pour faire court, aux Dix commandements) en elle-même ou par ses conséquences, l’Eglise a le droit d’exiger son retrait et l’Etat, qui ne devrait pas être séparé de l’Eglise, le devoir de s’exécuter. Le pire est que tout cela relève du bon sens ! Quelle religion pourrait se vanter de vouloir un monde vivant comme si elle n’existait pas ? Quelle parole de vérité pourrait souhaiter l’instauration d’un monde entièrement relativiste ? Quelle source de commandements pourrait vouloir que les corps sociaux soient soustraits à l’influence de ses préceptes ? Si la forme de vie collective des hommes est l’Etat-nation, l’Eglise ne peut s’en détourner et laisser Léviathan faire ce qu’il veut. C’est pourtant ce que la plupart des catholiques croient désormais. A la décharge des catholiques nés dans les années 50 et qui continuent de se dandiner sur ce pont-aux-ânes, il faut reconnaître que dans une société massivement chrétienne par ses mœurs, l’Etat lui-même ne pouvait guère, dans un premier temps, s’éloigner des préceptes moraux fondamentaux de l’Eglise. Pour la bonne et simple raison que les élites demeuraient teintées de christianisme. Dès lors, la question devait paraître bien bénigne à beaucoup de gens. On pouvait même voir dans la séparation de l’Eglise et de l’Etat un recul de l’hypocrisie et du cléricalisme. Mais c’était sans compter avec l’existence bien réelle d’un projet de déchristianisation radicale, qui continuait de courir et de saper la société. A présent que nos élites sont acquises à des mœurs totalement anti-chrétiennes et qu’elles ont, de surcroît, organisé la colonisation de notre territoire par des populations musulmanes religieusement conquérantes, on commence à comprendre, chez les catholiques qui restent, l'intérêt qu’avait l’alliance indéfectible du Trône et de l’Autel. Mais il est trop tard. On tente bien, ici et là, d’expliquer aux envahisseurs qu’il faut se convertir à la séparation de la religion de l’Etat...Mais aux oreilles de Mahométans, qui ne conçoivent même pas la distinction du temporel et du spirituel, une telle idée n’a tout simplement aucun sens. Quand ils seront majoritaires, ils le feront savoir à tous les benêts qui auraient la naïveté de s’en étonner.


J’en viens à mon deuxième point, qui est très lié au premier : le Ralliement de l’Eglise à la République sous Léon XIII. Là non plus, il n’est pas rare de voir les catholiques opiner gravement du chef quand on évoque cet événement historique, puis se lancer, généralement face à un parterre de francs-maçons en extase, dans de jaculatoires actions de grâce. Il s’agirait là d’un acte de clairvoyance, d’un geste d’une lucidité prophétique, d’une conversion à la  bienfaisante Modernité, qui nous apporte l’eau et le gaz à tous les étages. Il me semble plutôt qu’on tient là une des plus regrettables erreurs de tactique politique de toute l’histoire de la tactique politique. Je rappelle l’essentiel. En 1892, le peuple français est encore rural à 80% et massivement pratiquant. Bref, la France est catholique. Pour son malheur, elle est gouvernée par une secte anti-catholique qui a proclamé la IIIème République. Cette dernière poursuit les desseins de ses deux devancières, qui tiennent en deux points : supprimer la Monarchie et éradiquer le catholicisme (« écraser l’Infâme » comme disait Voltaire). Le résultat de l’opération, qui revient à amputer la France de son cœur et de son cerveau, c’est la « République Française », sorte d’entité métaphysique armée d’un triangle et d’un compas, qui a pour vocation de devenir la Lumière du Monde. La première partie du programme ayant été bien avancée par l’assassinat du Roi et de sa famille en 1793, il restait à accomplir la seconde. C’est à quoi s’attachèrent les sectaires de 1875. Plus rusés que les conventionnels de la Révolution, qui avaient assez maladroitement entrepris de convaincre les masses en égorgeant les prêtres et en décapitant les bonnes sœurs, ils décidèrent de soustraire la jeunesse de France à l’influence de l’Eglise, en s’attaquant à l’enseignement catholique. Face à de telles menées républicaines, les catholiques ne voyaient de salut que dans la restauration de la Monarchie, avec de bonnes chances d’y parvenir. Nous en étions là quand le Pape Léon XIII demanda à ses ouailles, du haut de sa chaire, de bien vouloir accepter le régime républicain et, comme on dit, mener le combat de l’intérieur. Funeste erreur ! Le pape faisait comme si la République n’était qu’une forme politique, un ensemble de dispositions juridiques formelles, et pas une doctrine, un contenu, une substance. Il faisait comme si la République en France était l’une des trois formes de gouvernement légitime décrites par Aristote. Il oubliait le caractère idéologique sui generis de la République française, qui s’est conçue, dès le début, comme une machine de guerre anticatholique. Le Pape pensait aussi, sans doute, obtenir un adoucissement des tracasseries et des persécutions en faisant un geste d’apaisement. S’il avait été attentif au fait que la République était tout entière arc-boutée à la destruction du christianisme, il aurait sans doute pensé que la plus urgente des choses à faire était de se débarrasser de ce poison en faisant tout ce qu’il était possible pour rétablir définitivement la Monarchie catholique en France. Au lieu de cela, il jeta les catholiques dans la gueule du loup. Le mouvement de résistance à la République et à ses projets antireligieux fut donc coupé en deux, son élan brisé net, ses forces éparpillées et divisées. Les catholiques entrèrent en conflit interne permanent, le Sillon contre l’Action française, pour faire court. Et, comme on pouvait s’y attendre, la République récompensa ce geste de soumission par une bonne bastonnade : ce furent les lois de 1901 et 1905 qui tombèrent sur la tête des catholiques pour prix de leur bénévolence.





mardi 27 septembre 2016

Jusqu'où ?


Oui, je dois avouer que ces temps-ci, je ne suis pas loquace. J’ai déjà expliqué pourquoi. Mais, en cette rentrée, je voudrais tout de même dire trois mots. Sur le burkini ? Sur nos ancêtres les Gaulois ? Non, pas vraiment, ou alors par prétérition. Comme vous vous en doutez, ces sujets relèvent de la pure et simple diversion. Ils n’ont qu’un but : faire croire aux électeurs qu’il existe un véritable antagonisme entre le PS et l’UMP. Autrement dit que Bonnet Blanc n’a strictement rien à voir avec Blanc Bonnet. Evidemment, c’est de la foutaise. Vous aurez en effet remarqué que sur ce genre de sujet, la seule solution durable, saine, logique, en rapport avec le problème -arrêter les flux migratoires de toute urgence- est a priori exclue des débats. S’il y a bien une chose que PS et UMP ne remettront jamais en cause, c’est l’invasion migratoire qu’ils organisent depuis des décennies. Partant, leurs joutes oratoires sur ces sujets sont du pur théâtre.






Cela fait penser à ces deux imbéciles dont Kant disait que l’un essaie de traire un bouc pendant que l’autre lui tend un tamis pour recueillir le lait. Ainsi, les uns diront qu’il faut autoriser le burkini tandis que les autres voudront interdire strictement les insignes religieux dans l’espace public. Quelle solution préférez-vous ? Ni l’une ni l’autre ! Il est évident que la seconde mesure aboutirait à des tracasseries contre les catholiques dans leur propre pays, et la première à la privatisation de certaines plages par les musulmans. La seule solution consiste à cesser de remplir la France de musulmans. C’est précisément la seule solution rejetée par le Système. Que dis-je, elle n’est même pas rejetée, elle est passée sous silence. Elle n'existe pas. Pourtant, elle tombe sous le sens. Quand on fait venir des millions de musulmans dans un pays, il faut s’attendre à ce qu’ils se comportent en musulmans. Il est même, à mon sens, injuste d’entraver le libre exercice voire le libre essor de leur culte. En conséquence, si l’on a des réserves à l’égard des pratiques musulmanes, la seule mesure de bon sens est de ne pas faire venir trop de musulmans dans le pays. L’attitude de nos gouvernants, qui consiste à organiser une immigration de peuplement, puis à admettre –trop tard, et du bout des lèvres- que cela pose quelques petits problèmes est un chef d’œuvre d’inconséquence. Et d’inconséquence criminelle. Il faudrait même dire de perversité. Cela ressemble à un scénario de film d’horreur, dans le genre Saw : on met les gens dans une situation telle qu’ils sont contraints de choisir entre deux mauvaises solutions, également mortelles. Quant à la prétention des « valeurs républicaines » et autres prêchi-prêcha maçonnique à convertir ces populations à la laïcité, elle est proprement risible. L’Education nationale n’est même pas fichue de leur apprendre à lire correctement. Alors transformer l’Islam... Mais je m’emporte.

Ce n’est pas de cela que je voulais parler. Je voulais dire un mot de la dernière campagne du planning familial en faveur de l’avortement. Cela dit, il existe bien un lien avec le sujet précédent : la volonté forcenée du Système de remplacer la population indigène par des allogènes. Non contente de faire de l’immigration massive un dogme intouchable, l’idéologie dominante a haussé l’avortement au rang de conduite citoyenne. De moindre mal, dans des circonstances bien définies, l’avortement est quasiment devenu un bien. Et même un étendard du Bien. Il est désormais tout à fait officiel, de la bouche même de la ministre de la famille (!) qu’essayer de dissuader une femme d’avorter est un acte moralement répréhensible. Et bientôt puni par la loi. Les prophéties d’Isaïe se réalisent : « Ils appellent le mal bien et le bien mal ». La dernière campagne était glaçante car elle visait à rendre l’avortement quasiment romantique. Souvenez-vous (voir ici). Cette fois, plus de romantisme. Les publicitaires de la mort ont opté pour l’horreur grinçante, le ricanement sanguinaire. Regardez l’affiche.


Il y a seulement dix ans, une telle affiche aurait passé pour un élément de propagande anti-avortement. Nous en sommes à un tel effondrement spirituel, et à un tel degré d’obscurcissement de la conscience morale, que cette affiche est la pièce centrale d’une campagne qui en fait la promotion. Si l’on comprend bien, l'idée particulièrement tordue, est de dire qu’en cas de remise en cause du droit sacré à l’avortement, il faudrait en revenir aux vieilles méthodes. Dont la méthode du cintre. Dès lors, les opposants à l’avortement sont accusés d’être les fourriers du retour du cintre. Donc les méchants de l’histoire. Le broyage du fœtus par un aspirateur ou son dépeçage par des pinces sont tellement plus doux. Voilà qui nous laisse sans voix.


Mais si les hommes se taisent, le sang des innocents, lui, crie vers le ciel.

 

lundi 18 juillet 2016

Lassitude

Vous vous direz sans doute que je suis un peu fainéant de m'en tenir, pour tout commentaire du massacre de Nice, à une courte citation de Carl Schmitt. En même temps, elle dit tout, et c'est à peu près tout ce que les événements m'inspirent. L'Etat est tenu par un mélange de cyniques et de branquignoles. Bien sûr, on est loin de De Gaulle, mais sans aller jusque là, on est même très loin de Guy Mollet. Nous ne sommes pas protégés, pas défendus. Le pouvoir n'a plus aucune légitimité. Je ne parle pas de la légitimité des urnes, non c'est bien plus grave, bien plus radical : il n'a plus la légitimité fondamentale de tout pouvoir, élu ou non élu : il ne protège plus le peuple. Nous n'avons plus aucune raison de le respecter, ni même de lui obéir. Nous sommes fondés à reprendre nos billes. Il va falloir se débrouiller tout seuls.

Pour le reste, l'effet de répétition me rend sec. Sur les causes, et donc sur le traitement, j'ai l'impression d'avoir déjà dit l'essentiel de ce que je pense (ici, et ). Qu'ajouter de plus? Que tout se déroule comme prévu? Oui, sans doute. 

Quelques mots tout de même.
D'abord, il y a les causes profondes, anciennes, enkystées. Trente ans d'immigration de peuplement non assimilée; trente ans d'apprentissage de la haine de la France matin midi et soir dans les écoles et sur toutes les antennes; trente de laxisme pénal déchaîné. Quand un arbre a poussé de travers pendant trente ans, on ne décrète pas son redressement. D'ailleurs, qu'on se rassure, sur ce plan rien n'est entrepris. On continue. On accélère même. Ensuite, il y a les causes prochaines, comme on disait au 17ème siècle. Au premier rang desquelles, une politique étrangère inepte et criminelle. Là non plus, pas de revirement en vue. Donc, aucune amélioration à attendre. Au contraire. 

Ce qu'il faudrait faire ? En vrac.

D'abord, les mesures durables :

  • Retrouver la politique étrangère traditionnelle de la France au Moyen-Orient; se retirer de ce bourbier créé par l'Empire otanien.
  • Stopper l'immigration
  • Supprimer l'acquisition automatique de la nationalité par la naissance
  • Interdire la bi-nationalité
  • Instaurer la préférence nationale en toutes matières sociales
  • Rétablir le contrôle aux frontières
  • Rétablir le service militaire obligatoire
  • Construire 30 000 places de prisons et appliquer strictement le code pénal contre la délinquance et le crime (après abolition des lois Dati et Taubira)
  • Interdire l'UOIF
Mesures temporaires dans le cadre de la "Guerre":

  • Mettre en détention administrative de tous les activistes islamistes connus des services (à Cayenne).
  • Réinstaurer la Cour de Surêté de l'Etat avec peine de mort pour participation à des activités terroristes. 
  • Retirer l'Armée de Terre  des gares et autres lieux publics : confier les missions de gardiennage à des société privées ou à la Gendarmerie selon les cas
  • Envoyer l'Armée de Terre dans les "zones de non-droit" ("Bataille d'Alger" bis), arrestations des trafiquants; rétablissement de l'ordre dans ces zones; couvre-feu.
  • Interdire tout rassemblement important sur la voie publique.

dimanche 17 juillet 2016

Principe de base




"Pourquoi les hommes donnent-ils leur consentement à la puissance? Dans certains cas par confiance, dans d'autres par crainte, parfois par espoir, parfois par désespoir. Toujours cependant ils ont besoin de protection et ils cherchent cette protection auprès de la puissance. Vue du côté de l'homme, la liaison entre protection et puissance est la seule explication de la puissance. Celui qui ne possède par la puissance de protéger quelqu'un n'a pas non plus le droit d'exiger l'obéissance."

Carl SCHMITT, 
Gespräch über die Macht und Zugang zum Machthaber, Pfullingen, 1954, p.11





mercredi 6 juillet 2016

Sur le Grand Absent




Je poursuis mon billet sur le Brexit.
Toute personne ayant une certaine connaissance de l’histoire de la construction européenne sait que l’idée de faire entrer la Grande Bretagne au sein de la C.E.E. avait soulevé, dans les années soixante, l’opposition des partisans d’une confédération européenne véritablement politique, c’est-à-dire jouissant de  l’indépendance à l’égard des Etats-Unis.  On se rappelle en particulier l’opposition véhémente du Général de Gaulle (on l’écoutera ici). Symétriquement, l’entrée de la Grande-Bretagne avait la faveur des atlantistes, qui souhaitaient que la construction européenne se limite à n’être qu’une vaste zone de libre-échange, dépourvue de toute puissance politique propre, englobée dans l’OTAN. Si donc notre oligarchie avait un brin de culture et de mémoire, elle aurait pu, elle qui se dit favorable à une existence politique de l’Union européenne, se réjouir du départ des Anglais. Au lendemain du Brexit, elle aurait pu dire :
« Au revoir Messieurs les Anglais, le Général de Gaulle ne s’était pas trompé ; depuis votre entrée, la construction européenne s’était progressivement éloignée du projet d’origine, pour devenir une zone de libre-échange en extension permanente, ingouvernable et totalement soumise à l’Empire américain, dont vous avez été le cheval de Troie. Vous partis, nous avons une chance de reprendre les choses en deçà du point où elles ont commencé à dérailler. »
Elle n’en a rien fait. Pourquoi ? A mon avis pour deux raisons principales : la première, c’est que nos dirigeants sont parfaitement incultes. En conséquence, même à titre de discours de façade, je veux dire de discours pour ne pas perdre la face, ils sont incapables de mobiliser ce genre d’arguments fondés sur la mémoire historique. L’Histoire n’est rien pour eux. Ils vivent dans un éternel présent, l’éternel présent des coursiers et des factotums. La seconde raison, c’est qu’ils sont, à une majorité écrasante, favorables à ce que l’Union européenne est devenue, à savoir une machine à aligner les nations européennes sur les intérêts américains, un laminoir pour les identités, diluées dans la sous-culture globish. Qu’on me comprenne bien : ils n’y sont pas favorables parce qu’ils y auraient longuement réfléchi et s’en seraient véritablement convaincus. Ils y sont favorables parce que c’est ainsi et parce que les Américains sont les plus forts. Non seulement ils manquent d’imagination, mais ils manquent aussi d’audace.
Pour finir, voici un extrait de la conférence de presse du Général de Gaulle du 14 janvier 1963 :
Mais la question est de savoir si la Grande-Bretagne actuellement peut se placer avec le Continent et comme lui à l'intérieur d'un tarif qui soit véritablement commun. De renoncer à toutes préférences à l'égard du Commonwealth. De cesser de prétendre que son agriculture soit privilégiée. Et encore, de tenir pour caducs les engagements qu'elle a pris avec les pays qui ont fait partie, qui faisaient partie, ou qui font partie de sa zone de libre-échange. Cette question-là c'est toute la question. On ne peut pas dire qu'elle soit actuellement résolue. Est-ce qu'elle le sera un jour ? Seule évidemment l'Angleterre peut répondre. La question est posée d'autant plus qu'à la suite de l'Angleterre, d'autres Etats qui sont, je le répète, liés à elle par la zone de libre-échange, pour les mêmes raisons que la Grande-Bretagne voudraient ou voudront entrer dans le Marché Commun, il faut convenir que l'entrée de la Grande-Bretagne d'abord et puis ceux de ces Etats-là changera complètement l'ensemble des ajustements, des ententes, des compensations, des règles qui ont été établis déjà entre les six, parce que tous ces Etats comme l'Angleterre ont de très importantes particularités. Alors c'est un autre marché commun dont on devrait envisager la construction. Mais celui qu'on bâtirait à onze. Et puis à treize. Et puis peut-être à dix-huit. Elle ne ressemblerait guère sans aucun doute à celui qu'ont bâti les six. D'ailleurs cette Communauté s'accroissant de cette façon verrait se poser à elle tous les problèmes de ces relations économiques avec toute sorte d'autres Etats et d'abord avec les Etats-Unis. Il est à prévoir que la cohésion de tous ses membres qui seraient très nombreux, très divers n'y résisterait pas longtemps. Et qu'en définitive il apparaîtrait une Communauté Atlantique colossale sous dépendance et direction américaine, et qui aurait tôt fait d'absorber la Communauté de l'Europe. C'est une hypothèse qui peut parfaitement se justifier aux yeux de certains, mais ce n'est pas du tout ce qu'a voulu faire et ce que fait la France et qui est une construction proprement européenne.

Voilà qui dépayse.


vendredi 1 juillet 2016

Breaking news



On ne peut pas dire que ce blog ait vraiment le "sens du direct". Mais nous sommes tout de même obligés d'interrompre nos programmes pour nous réjouir d'une nouvelle qui vient de tomber : les citoyens autrichiens vont revoter ! La Cour suprême de ce pays a en effet estimé que les soupçons de fraude étaient justifiés concernant le scrutin qui a vu l'échec du candidat national-conservateur, après un épisode assez louche de dépouillement de votes par correspondance. 

Encore une bonne nouvelle de cet acabit et nous pourrons commencer à penser que le vent tourne en Europe !

Pour le plaisir, revoyons cette page du Monde -qui s'est, une fois de plus, couvert de pipi.





Les bonnes nouvelles n’étant pas si fréquentes, il convenait d’abord de fêter dignement le Brexit. Ce qui fut fait. Mais à présent que nous sommes à jeun, il faut tout de même essayer d'articuler quelques mots. Je ne reviendrai pas longuement sur les faits : une majorité d’électeurs britanniques a souhaité que la Grande Bretagne retrouve sa pleine indépendance et, pour ce faire, sorte de l’Union Européenne. 

D’après les enquêtes d’opinion disponibles, les deux motivations principales de cette majorité sont la volonté de régler soi-même ses propres affaires et le refus de l’immigration massive. Sociologiquement, les clivages sont les mêmes qu’en France : le débat sur l’Union européenne oppose les ouvriers et employés autochtones vivant en périphérie des grandes villes et dans les campagnes à l’alliance des cadres urbains et des employés immigrés. 

La sociologie des partisans du Brexit est à peu près la même que celle du vote Front National en France. Il y a tout de même quelques différences à noter : le Brexit a également rallié une bonne partie des bourgeois attachés à la souveraineté et à l’identité traditionnelle de la Grande Bretagne. Ce que ne fait pas le Front National pour le moment, les bourgeois traditionnels continuant de se défier d’un parti trop plébéien pour eux. Il est vrai que les leaders du Brexit n’avaient rien de particulièrement plébéien, puisqu’ils étaient tous de parfaits libéraux conservateurs (Johnson et Farage) ; il est vrai aussi que la bourgeoisie anglaise paraît plus ouvertement patriote que la bourgeoisie française, malheureusement plus attachée à son compte en banque qu’à la souveraineté nationale. Mais passons.

Evidemment, ce vote est une gifle à l’oligarchie européiste. Elle en écume de rage. Elle en vomit de colère. Elle est en éructe de haine. D’autant plus qu'elle n’avait, comme d’habitude, par mégoté sur les moyens : elle avait tancé, menacé, terrorisé la population ; elle avait prophétisé des fléaux dignes de l’Ancien Testament en cas de mauvais vote; le Président des Etats-Unis en personne avait fait le déplacement pour expliquer aux Anglais ce qu’il convenait de faire. L’assassinat providentiel d’un député anti-Brexit vint même couronner le tout. Mais rien n’y fit. Brexit quand même ! 

La réaction hystérique de l’oligarchie est à la hauteur de ce que l’on pouvait attendre. Elle vient confirmer les analyses que nous faisions il y a quelques semaines sur le nouveau sens du mot démocratie. Est « démocratique » tout ce qui va dans le « sens de l’Histoire », c’est-à-dire dans le sens du « rêve européen », c’est à dire encore dans le sens de suppression des nations et des identités au profit du supermarché mondial. En conséquence, le résultat de ce referendum a immédiatement été analysé non seulement comme une catastrophe pour la civilisation, cela va sans dire, mais comme une défaite de la démocratie. Quant à la démocratie au sens d’ « expression de la volonté majoritaire », elle est désormais ouvertement et sans plus la moindre gêne présentée comme une chose éminemment dangereuse et malodorante qu’il ne faut utiliser que dans les cas où l’on est certain d’obtenir un résultat conforme au sens de l’Histoire. C’est-à-dire, à partir de maintenant, à peu près jamais.[1] 

Ecoutez-les : de Juppé à Cohn-Bendit, de Fillon à Macron, de Lemaire à Sarkozy, tous voudraient que ce vote soit annulé, que la partie soit rejouée, que les conséquences soient évitées, que le peuple soit contourné. Comme ce fut le cas en France en 2005. Une chose est sûre : tous estiment qu’organiser un tel referendum en France serait « irresponsable ». Pourquoi ? Eh bien parce qu’ils connaissent le résultat d’avance. Bref, ils admettent sans difficulté que la politique qu’ils mènent est contraire aux vœux du peuple. Et ils nous l’expliquent doctement à la télévision. Dans un monde décent, il semble que les opposants au Brexit devraient reconnaître leur défaite et envisager de ranger le rêve européen dans leur musette, puisque la majorité n’en veut pas. Après tout, de nombreux pays sur Terre n’appartiennent pas à l’Union européenne et semblent ne pas trop mal s’en porter. Mais une telle modération, un tel réalisme ne sont plus possibles. 

L’Union européenne est devenue une doctrine de type religieux. Le dogme n°1 de la religion bruxelloise est que l’appartenance à l’Union européenne constitue un impératif moral catégorique pour toute collectivité humaine vivant sur le seul européen –si ce n’est de toute communauté humaine tout court. L’alternative est : ou bien l’Union européenne ou bien le Troisième Reich. La reductio ad Hitlerum tourne à plein régime et étend chaque jour son champ d'application : vous émettez des réserves sur l'ouverture des frontières? Racisme! Vous désirez conserver à l'Europe son identité culturelle? Fascisme! Vous êtes soucieux de maintenir une industrie protégée du dumping? National-populisme! Vous avez la volonté demeurer majoritaire dans votre propre pays et d'y cultiver vos traditions ? Xénophobie ! Je n'exagère pas (voyez ici et encore ). Comme le dit l'impayable Attali (impayable, façon de parler), l'Union européenne fait partie des "irréversibilités nécessaires du Progrès de l'Humanité". Nous sommes donc condamnés, au moins encore pour quelques temps, et à mon avis pour longtemps en France, à voir des gens censés nous représenter expliquer pourquoi ils ne nous donneront pas la parole et pourquoi ils continueront à nous conduire vers le paradis radieux, quoique lointain, de l’Union européenne. Et tout cela en prononçant le mot démocratie une fois par minute.

Je voudrais maintenant en venir à trois points particuliers. Un grand absent, une distinction à faire, un gros bobard.

  • Le grand absent, c’est le Général de Gaulle.
  • La distinction, c’est celle qu’il faut faire entre les cyniques et les idiots utiles.
  • Le bobard, c’est que les jeunes Anglais sont massivement favorables à l’Union européenne.

Ce sera pour le prochain billet !



[1] Sur ce point, je vous recommande ce papier fascinant de Jacques Attali (ici), où le Pic de la Mirandole de la photocopieuse expose sa conception de la démocratie. Il y dresse la liste des sujets sur lesquels il devrait être interdit de voter, c'est à dire tout ce qu'il considère comme des progrès. De manière générale, l'Union européenne, et le Brexit en particulier, ont un effet désinhibiteur extraordinaire sur les oligarques : ils en viennent à dire carrément ce qu'ils pensent. Haine des nations, mépris du peuple, adoration de Mammon, tout est dit d'une manière totalement déboutonnée. Comme souvent, Emmanuel Todd avait tout compris puisqu'il avait prophétisé la suppression de la démocratie par l'Union européenne (dans Après la démocratie, en 2008; on lira ici ce qu'en avait dit la Pravda Le Monde à l'époque, jugeant le livre "une plaisanterie" et son auteur "déphasé"). Il est pourtant clair que l'abolition de la démocratie est le seul recours pour la survie de l'UE. D'ailleurs, la grande presse, qui ricanait naguère du livre de Todd, appelle d'ores et déjà à la suppression du referendum, instrument de la "tyrannie de la majorité" (c'est ici, au cas où vous vous diriez que j'exagère). J'exagère, mais pas assez.


jeudi 2 juin 2016

Exemple



L’actualité nous offre une illustration très claire du double sens du mot « démocratie » dont je parlais l’autre jour. Il se trouve qu’une majorité de Polonais seraient prêts à remettre en cause le droit à l’avortement (du moins à le restreindre aux cas où la vie de la mère est en danger). Selon le sens propre du mot démocratie, une telle restriction en Pologne serait une mesure démocratique. Mais il y a le second sens ! Le sens libéral. En ce sens-là, c’est l’avortement qui est « démocratique », puisqu’il s’agit d’une conquête de la liberté individuelle. Dès lors, la Commission européenne a lancé un avertissement solennel à la Pologne, en application de l’article 7 du Traité instituant l’Union européenne, qui prévoit la possibilité de sanctions lorsqu’un Etat membre ne respecte pas les « valeurs démocratiques ». Admirable.
Pour m’achever tout à fait, je suis allé lire l’article 2 du Traité, qui détaille les fameuses valeurs de l’Union européenne. Je cite : « L'Union est fondée sur les valeurs de respect de la dignité humaine, de liberté, de démocratie, d'égalité, de l'État de droit, ainsi que de respect des droits de l'homme. » Anatole France disait qu’on pouvait juger de la grandeur d’un peuple à la qualité de sa syntaxe. En l’occurrence, le jugement est sans appel. Quelle que soit d’ailleurs la section de l’Université qui s’y penche, la conclusion est la même : c’est du pur galimatias. Qu’on soit grammairien, juriste ou philosophe, on ne peut qu’être confondu par la gaucherie, le flou, l’inconsistance d’un tel texte. Qu’est-ce que la « valeur de démocratie » ? La « valeur d’Etat de droit » ? On voit assez mal comment quoi que ce soit pourrait être « fondé » sur une aussi insipide bouillie conceptuelle.
Mais revenons à notre exemple. A quelle valeur l’interdiction de l’avortement serait-elle contraire ? Au respect de la dignité humaine ? Ce serait franchement de l’humour noir. A la liberté ? Pas celle du fœtus en tout cas... A l’égalité ? Cela n’a pas de sens. A l’Etat de droit ? Là aussi, c’est hors sujet. Au respect des droits de l’homme ? Jusqu’à nouvel ordre, le droit de supprimer les fœtus ne fait pas partie de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme... Reste la démocratie. Interdire l’avortement serait donc contraire à la valeur de démocratie. C’est encore plus absurde que tout le reste. Mais à tout prendre, c’est aussi l’incrimination la plus intimidante, la plus radicale, la plus disqualifiante. C’est donc elle qu’on choisit pour tancer les contrevenants à la dictature européenne. Ils sont hostiles à démocratie !

Qu’on se le dise.



dimanche 29 mai 2016

L'autre Black M.



Le soldat inconnu

Si la France n’était pas devenue ce qu’elle est devenue, si elle n’avait pas avec son passé le rapport pathologique qu’on lui connaît, si la bande d’incultes haineux qui nous tiennent lieu d’élites gouvernantes avaient le sens de la grandeur et de la continuité historique, de la gratitude et de la réconciliation nationale, les cérémonies du centenaire de Verdun, au lieu d’être la énième occasion d’une fête grotesque, auraient dû voir le retour à Douaumont des cendres du seul homme qui avait quelque titre à se trouver honoré lors d’une telle commémoration. C’est la raison pour laquelle, précisément, il sera le grand absent de tous les discours et de toutes les pensées. En un certain sens, c’est mieux. Ces gens salissent tous ce qu’ils touchent.



Pour mémoire, voilà ce que le Général de Gaulle, pour le cinquantième anniversaire de Verdun, dit de celui auquel plus personne ne pense.

« Les dons de chef, Pétain les possède par excellence. Mis, le 26 février, à la tête de la 2ème armée par Joffre, qui décide en même temps de tenir ferme à Verdun, il installe son poste à Souilly. C’est là que, jusqu’au 1er mai, il va commander la défense, de telle sorte que notre dispositif, articulé en quatre groupements : Guillaumat, Balfourier et Duchêne sur la rive droite, Bazelaire sur la rive gauche, ne cessera jamais, dans son ensemble, d’être bien agencé, bien pourvu et bien résolu, et que l’offensive de l’ennemi échouera décidément malgré la supériorité de feu que lui assurent mille pièces d’artillerie lourde. Si, par malheur, en d’autres temps, dans l’extrême hiver de sa vie et au milieu d’événements excessifs, l’usure de l’âge mena le Maréchal Pétain à des défaillances condamnables, la gloire que, vingt-cinq ans plus tôt, il avait acquise à Verdun, puis gardée en conduisant ensuite l’armée française à la victoire, ne saurait être contestée, ni méconnue, par la patrie. »

Mais c’était il y a mille ans.